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par Francis, avec la précieuse
collaboration de Dominique
Malgré cette virtualité géographique et historique, ce pays n’est cependant pas qu’une apparence. Le randonneur est rapidement invité à ouvrir grand les yeux, à prendre le temps de bien respirer son air pur, à apprécier son vent et les senteurs qui l’embaument. Il existe dans ce coin de pays un nombre incalculable de chemins qui relient villes et villages, villages et châteaux. Des chemins millénaires, témoins du passage de commerçants, de pèlerins, de paysans, de troubadours, de chevaliers, de rois et, bien sûr, de Cathares. Ce que l’on appelle aujourd’hui le Pays Cathare est en réalité un immense réseau de chemins et de sentiers qui ne demandent qu’à être parcourus par les randonneurs pour y découvrir de nombreuses ruines de châteaux, plus surprenants les un des autres. Mais d’abord, qu’est-ce que le catharisme? C’était une religion chrétienne venue d’Orient (empire byzantin) et qui est passée par les Balkan, où les croyants s’appelaient les Bogomiles (du nom du pope Bogomil, l’aimé de Dieu, version slave du nom grec Théophile). Il y avait deux catégories de Cathares: les croyants; ceux qui allaient simplement écouter les doctrines et qui n’avaient pas reçu le sacrement (le consolament, seul sacrement des Cathares, qui offre le salut par l’imposition des mains, qui lave de tout péché et remplit du don du Saint-Esprit), et les Amis de Dieu; ceux que l’on appelait les parfaits, des hommes ou des femmes qui vivaient en communauté et menaient une vie d’ascète en s’abstenant même de rapports sexuels. Pour recevoir le consolament et faire partie du clergé cathare, il fallait notamment connaître la doctrine et les prières. Les simples croyants ne recevaient le sacrement qu’avant la mort. Soulignons que les Cathares ne se sont jamais eux-mêmes nommés cathares, non plus que parfaits. Ils s’identifiaient comme chrétiens, les bons chrétiens, et pour les parfaits, les bons hommes (ou bonnes femmes) et surtout, les Amis de Dieu. Le catharisme n’était pas une religion solaire ou encore ésotérique, elle était simplement une religion de chrétiens, d’héritiers du message du Christ. Pour eux, le livre sacré était le Nouveau Testament, mais son interprétation était incompatible avec celle de l’Église de Rome. Grosso modo, le dogme était fondé sur les aspects suivants: si Dieu est bon, il n’a pu créer le mal. Cependant, le mal existe et il a été créé par quelqu’un d’autre: le Diable. C’est donc une religion dualiste. Le Mal est incarné par la matière, le monde, bref, tout ce que l’on peut voir et toucher. Le Bien est la composante spirituelle d’une personne. Le Salut réside donc dans la capacité d’une personne à échapper à ce monde de souffrance. Les Cathares croyaient à la réincarnation après la mort pour ceux qui n’avaient pas obtenu le Salut. Une vie de Cathare en était une de pauvreté, de prière et de travail (plusieurs étaient tisserands). Ils ne pouvaient manger de viande (l’animal peut avoir une âme), ni d’aliments d’origine animale, sauf le poisson (qui selon eux ne possédait pas d’âme). Pour les Cathares, l’Église catholique, si attachée aux richesses matérielles, incarnait le Mal. Le Pape était ainsi considéré comme le représentant du Diable sur Terre. Les Cathares refusaient également d’adorer la croix, un symbole selon eux de la persécution du Christ. Enfin, il est intéressant de souligner qu’allant à l’encontre de toutes les règles de l’époque, tant dans la société civile que religieuse, les femmes cathares (les bonnes femmes) ont joué un rôle important en pouvant elles aussi prêcher sur l’Évangile et délier les pêchés en administrant le consolament. Selon une étude d’historiens américains, on peut même estimer la proportion de femmes à près de la moitié du clergé cathare, ce qui est considérable.
Nous étions prêts. Pierre, notre sympathique et avenant guide de La Balaguère, nous avait accueillis en matinée à la gare de Perpignan. Première destination, le joli petit village de Cucugnan, celui du célèbre curé dont le sermon, une pièce d’anthologie du folklore d’Oc, dont l’écrivain audois Achil Mir fit une version en vers occitans. Pour cette semaine de randonnée, notre groupe était composé de Marion et Julien de la région parisienne, de Catherine qui demeure à Toulouse, d’Arlette qui habite Aix-en-Provence, de Louise, Berrichonne de naissance, mais Québécoise d’adoption et, enfin, de Dominique et moi de la région de Montréal. Pierre nous mentionne que Jean-Marc de la région de la Lorraine, le dernier membre de notre groupe de randonneurs, nous rejoindrait en fin de journée.
Notre descente s’effectue en boucle entre de belles vignes en direction de Cucugnan. Arrivés au village, nous profitons de l’occasion pour nous désaltérer dans l’ancien lavoir, à la fontaine de Duilhac. Tout en s’abreuvant de cette belle eau de source fraîche, nous sommes invités à méditer sur ce joli vers de Ronsard: Quiconque en boira qu’amoureux il devienne.
Nous serons accueillis pour le souper et le coucher dans le hameau de La Bastide, une ferme paysanne membre du regroupement l’Accueil Paysan. Cette ferme isolée dans les Hautes Corbières est située au pied du Pic de Bugarach. •
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