Carnet chilien No. 1

La Silla – Septembre 2003
par Cédric Foellmi


Cet après-midi, j’atterrissais à l’aéroport de La Serena pour faire ensuite la route qui mène à l’observatoire de La Silla. C’était au moins la 100e fois que je faisais cette route. Mais cette fois-ci, j’ai pensé à vous, et je me suis dis que je pourrais en faire quelque chose justement, de cette route. Alors, j’ai regardé autour de moi, au lieu de m’endormir dans le «carry-all» (c’est le nom officiel du bus qui nous transporte à l’observatoire – les francophones l’appellent la carriole). Il y a finalement beaucoup à voir sur cette route, beaucoup à apprendre sur le Chili. Sur ce bout de route appelée ici «ruta cinco», mais plus connue sous le nom de «panamericana».

Précisons avant de commencer que ces photos ont toutes été prises alors que le carry-all roulait à vive allure. Elles ne sont toujours pas très droites, pas très bien cadrées. Mais ça fait partie du voyage. Un voyage qui commence (il est normalement 11h30 quand on quitte l’aéroport) sur les hauteurs de la ville de La Serena.



Pour atteindre la panamericana, il faut traverser ce qu’il convient d’appeler un vrai parc à maisons, toutes de 4 murs, toutes alignées, toutes identiques. Il n’y a rien d’autre sur ce plateau. Les quelques petites «tiendas» qui fournissent aussi bien le pain que les clous sont également des maisons de 4 murs comme les autres. C’est un endroit étrange, aussi insouciant que délabré. Il n’y a rien à voir par ici, et même si l’on y passe à chaque fois que l’on va et que l’on revient de l’observatoire, c’est un endroit qui n’existe pas. Ou plus précisément, c’est un endroit qui existe peu.



Couleur différente, même maison. L’une a des fleurs, l’autre des poubelles... Mais toutes les deux sont patriotiques! Nous sommes le 17 septembre. Demain, c’est la fête nationale chilienne. Des «asados» (BBQ) se préparent un peu partout.



Une fois descendu du plateau, on tombe sur la véritable ville de La Serena. Ici une grande place pour le marché, avec quelques maisons, à peine plus évoluées que celles du plateau qui les surplombent. Mais ici, on commence à entendre les rumeurs de la ville.

Notre bus continue, traverse quelques carrefours bruyants et encombrés de gens. Combien de fois les regards se sont posés sur notre bus tout blanc avec le sigle «ESO» et les plaques «OI» (Organisation Internationale)? Combien de fois je me suis demandé ce que les gens pensaient, ou même savaient, de la présence permanente d’étrangers qui viennent, et même vivent ici, pour regarder les étoiles. Probablement rien. Mais je continue à me poser la question...



Si l’on fait abstraction des voitures et des bus au diesel (une vraie plaie au Chili), certains parcs deviennent tout de suite très agréables. Bon, il faut dire que La Serena est connue pour son ciel nuageux, gris, stagnant. Il suffit pourtant de sortir à peine quelques kilomètres pour se retrouver sous un soleil cinglant. C’est peut-être un peu ça, la Serena: un micro-climat. De toute manière, on n’y fait que passer, mais à chaque fois on la regarde attentivement, parce qu’il y a des gens à l’observatoire avec qui l’on travaille et qui sont devenus en quelque sorte des amis, qui y habitent. Mais je trouve difficile de ne pas ressentir un certain fossé inévitable. Finalement, certains vivent à La Serena, d’autres à Santiago, mais c’est à La Silla que l’on se retrouve vraiment.

Au passage, j’ai retrouvé une photo de Santiago dans mes archives. Elle a un côté «veille de l’Apocalypse» que j’aime beaucoup. (La tour est celle de Telephonica, la compagnie de téléphone. Le building ressemble volontairement à un téléphone cellulaire...).



Mais revenons à La Serena.

Comparativement à d’autres villes du Chili, La Serena s’est développée rapidement ces dernières années. Mais cela est dû principalement au tourisme. En fait, La Serena est un peu un monstre à deux têtes. Juste à côté, en fait tellement à côté qu’il est impossible de savoir où l’une commence et l’autre s’arrête (mais il ne faut surtout pas dire ça aux habitants des deux bords), il y a une autre petite ville appelée «Coquimbo». On a ici un peu le Chili en résumé. La Serena, relativement clinquante, qui prospère grâce au tourisme, et Coquimbo, petit port de pêche local, sans fioriture et certainement plus «vrai»... Les deux sont collées l’une à l’autre, se regardant de loin.

Petit à petit, on prend de la vitesse, on sort de La Serena. Direction: le nord en ligne droite. De toute manière au Chili, pour faire de grandes distances, c’est soit le nord, soit le sud, et toujours en ligne droite...

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