Recherche: Michel Durand
Envoyé ordinaire à New-York

 
Hier soir, 2062/10/23/08 :40 NYST, les téléviseurs du monde entier ont présenté des scènes d’une grande beauté, certes, mais aussi très cruelles. Le résultat : des millions de personnes déjà très affaiblies, dont une grande partie de jeunes innocents, ont été exposées à des images du Paradis Perdu tel qu’il existait encore il y a 50 ans. Sadique pour les plus de 60 ans déjà accablés de remords pour n’avoir pas su empêcher la destruction de la Biosphère. Sadique et terriblement cruel pour les plus jeunes qui ne pouvaient, jusqu’à hier, regretter ce qui n’est plus grâce à la Grande Épuration. Rappelons qu’en 2015, trois ans après la Grande Catastrophe Écologique, toutes les images représentant la Nature telle qu’elle était avant 2012 avaient été détruites.
 
L’origine de l’attaque

Nous ne connaissons pas, au moment d’écrire ces lignes, la source exacte de ces images qui ont, pendant quelques minutes, défilé sous les yeux incrédules des téléspectateurs terrestres. Notre indigence au plan technologique nous empêchera peut-être de retracer avec certitude l’origine de cette attaque télévisuelle. Pour le moment, la meilleure hypothèse semble être celle de l’éclosion programmée depuis longtemps d’un virus dormant inséré dans des lignes de codes d’une routine que l’on retrouve dans tous les systèmes de montage vidéo en ligne. Selon Sarah Gates, professeur en technologies anciennes à l’Université Renaissance de New-York et petite-fille d’un programmeur célèbre du début du siècle, les systèmes de montage vidéo encore en usage aujourd’hui contiennent tous des «briques logicielles» élaborées il y a près de 60 ans. Leur efficacité était telle que personne n’a jamais songé à les réécrire. Et puis, bien sûr, depuis 2012 personne n’a pu construire de nouveaux systèmes. Garder les systèmes existants en état de marche est, depuis une cinquantaine d’années, un défi permanent.
 
Quel but visaient les coupables?

Les programmeurs qui ont implanté ce virus dormant et avaient décidé de la date de son déclenchement étaient-ils à ce point certains qu’aujourd’hui, en 2062, l’Inimaginable se serait  produit? Quel but poursuivaient-ils? S’ils étaient si certains de l’imminence d’une catastrophe de grande ampleur, comment se fait-il qu’ils aient préféré perdre leur temps à insérer des virus dans des logiciels au lieu de consacrer temps et énergie à tenter de réveiller leurs patrons, nos ancêtres, avant qu’il ne soit trop tard? Leur cruauté est d’autant plus grande qu’ils devaient savoir que nul ne pourrait rien contre eux. Rien. Aucun interrogatoire, aucun châtiment n’est possible. Savaient-ils déjà que tout espoir de retrouver la Biosphère telle qu’elle nous a été montrée hier serait vain? Quelle était la nécessité, pour leurs cerveaux tordus, d’ainsi nous torturer alors qu’ils ne peuvent en tirer aucun bénéfice?
 
Mesures d’urgence

Le Congrès Réformateur Anarchique des Nations Unies a, ce matin même, donné mandat au Conseil des universitaires en technologies anciennes d’examiner s’il y a des risques que de semblables virus se retrouvent dans d’autres produits datant d’avant 2012 ou pouvant inclure des dérivés de ces produits. Les conclusions de l’étude devraient être connues d’ici six mois. En attendant, par mesure de sécurité, le Congrès a interdit l’usage de tout appareil ou système fabriqué après l’an 1999. Une liste exhaustive sera affichée dans chaque bureau de quartier d’ici la semaine prochaine. Les contrevenants seront sévèrement punis.
 
 

 

 
 
   

 

 

Avertissement: Les images qui suivent peuvent choquer. Les jeunes sont particulièrement vulnérables. La supervision parentale est conseillée.
 

On a d’abord cru à des images de synthèse. La lumière, le ciel bleu, l’eau translucide, tout cela était incroyable. Pourtant, ces images n’étaient pas l’oeuvre d’un concepteur de réalité virtuelle...

 

 

Une scène qui a créé tout un émoi. Des arbres et des fleurs, comme on en a tous vu dans les jardins biologiques, mais à l’extérieur?

 

 

Difficile d’imaginer qu’on a un jour pu voir les étoiles.