Le 31 octobre prochain, plus de 6 millions d'électeurs québécois seront invités à se présenter aux urnes afin d'élire leur nouveau gouvernement à l'Assemblée nationale. À quelques jours du scrutin, nous amorçons aujourd'hui notre série d'articles sur le bilan de campagne électorale des principaux partis politiques avec le Parti libéral du Québec.
 
CYFRAN SILLEK
de notre bureau de Québec

 
Le 31 octobre prochain, le gouvernement libéral du premier ministre Jean Charest sollicitera auprès de l'électorat un troisième mandat en promettant de poursuivre la réingénerie de l'État québécois, enclenchée depuis sa première élection en avril 2003. Lors d'une conférence de presse sur le Web cette semaine, le chef du PLQ a rappelé avec fierté que la privatisation des ministères, amorcée en 2007, avait «transformée en profondeur et de façon bénéfique la gestion gouvernementale québécoise». Si son parti est réélu, M. Charest a promis de privatiser de nouveaux ministères en soulignant «que cette merveilleuse initiative fait l'envie même de nos voisins américains».
 
Rappelons que, suite à l'adoption du projet de Loi 69, la gestion des principaux ministères a été confiée à des entreprises privées. Ainsi, la gestion des finances publiques est présentement assurée par la firme Samson Bélair Deloitte & Touche, la Santé par la Corporation des médecins du Québec, le Transport par la Société Lavallin et l'Éducation par le Mouvement Raëlien (qui, à la surprise générale, l’a emporté au détriment de la Chambre de commerce du Québec, qui avait pourtant présenté un dossier convaincant). Lors de la campagne électorale, sa Sainteté Raël a affirmé que leur théorie pédagogique en éducation des enfants, qui comporte surtout des explications pratiques sur la manière de retirer du plaisir avec son corps, a permis «d'élever notre belle jeunesse québécoise au nirvana érotico-cosmique».
 
Tel qu'inscrit dans le nouveau programme de son parti, «Encore réinventer le Québec», le chef libéral a affiché ses intentions sur les nouveaux secteurs qui seront touchés lors de cette deuxième phase de privatisation: la Justice, l'Environnement, la Culture et les Communications. Plusieurs entreprises et organismes ont par ailleurs déjà manifesté leur intérêt à répondre à un prochain appel d'offres. L'Association des policiers et policières du Québec s'est dite fort intéressée par la gestion du ministère de la Justice afin, comme l’a indiqué son président, «d'assurer une certaine convergence dans l'administration de la Justice». Le ministre actuel de la Justice, M. Claude Poirier, a par ailleurs refusé, au cours des dernières semaines, de commenter les inquiétudes du public quant à une administration de la justice dépendante de la force constabulaire.
 
Plusieurs grandes corporations ont également signifié leur intérêt en regard du Ministère de l'Environnement. Les pétrolières Esso, Shell et Pétro-Canada ont émis des communiqués de presse à cet effet. «Enfin, nous pourrons mettre en pratique la vision environnementale de notre industrie», a mentionné le président de Pétro-Canada.
 
Mais c'est incontestablement pour la gestion du ministère de la Culture et des Communications que l'intérêt du privé semble le plus manifeste. BCE Entrepises, Quebecor Medias et Power Corporation ont rappelé leur engouement pour la privatisation de ce secteur. Même s'il gère déjà l'Éducation, le Mouvement Raëlien a aussi signifié qu'il songeait à offrir ses services afin de mettre en pratique sa théorie «géniocratique» dans le domaine culturel et des communications, «où les débiles et les arriérés ne manquent pas» a précisé sa Sainteté Raël.
 
En ce qui a trait à la problématique de la concentration de la presse, M. Charest s'est dit surpris des commentaires de l'opposition péquiste sur les dangers réels de la liberté de l'information. Depuis que Power Corporation contrôle l'ensemble des principaux médias écrits et électroniques du Québec (Le Soleil, La Presse, le journal de Montréal et le journal de Québec, Le Devoir, TVA, TQS et Radio-Canada, privatisée en 2008), le premier ministre a répété à plusieurs reprises qu'il est faux de prétendre que les partis d'oppositions, dont le parti québécois, fassent l'objet systématiquement de censure. «La preuve, a souligné M. Charest, c'est que j'ai vu à 3 ou 4 reprises un message du PQ publié dans les petites annonces de La Presse au cours de cette campagne électorale. Que veulent-ils de plus?» A-t-il demandé.
 
Par ailleurs, dans la foulée de la création du gouvernement en ligne, engagée lors de son premier mandat, M. Charest s'est aussi voulu rassurant auprès des électeurs québécois en ce qui concerne son projet d'abolir l'Assemblée nationale. Il a rappelé que l'objectif recherché par son parti était surtout d'augmenter l'efficacité et l'efficience de la démocratie québécoise. «Imaginer les avantages que les députés élus pourront retirer en restant constamment auprès de leurs électeurs. Ils pourront quand même voter par Internet sur les projets de loi et exprimer leur point de vue en clavardant lors de la période de questions. C'est virtuellement un autre grand pas pour la démocratie libéralo-québécoise!», a-t-il conclu.
 
La campagne libérale a aussi été marquée par le scandale de la construction du pont Robert-Bourassa dans l'Est de Montréal (surnommé par un confrère anglophone du journal The Gazette, le B&B pour Boubou Bridge). Après 7 ans de travaux et quelque 9 milliards de dollars investis en fonds publics, le pont n'a toujours pas de voix carrossable. Le chef libéral a défendu son gouvernement sur ce dossier en soulignant que «les grands projets qui marquent l'imaginaire populaire, comme le Stade Olympique, font toujours l'objet de détracteurs qui ne peuvent en saisir le côté visionnaire». M. Charest refuse toujours cependant de commenter le rapport de la Commission d'enquête sur les travaux du pont Robert-Bourassa (le Rapport Balouf), mais promet d'y répondre un jour par écrit.
 
Sans l'ombre d'un doute, le moment fort de cette campagne libérale a été la visite de M. Charest au Chez-nous des politiciens, la résidence d'État d'ex-élus québécois qui fut inaugurée il y a deux ans. Rappelons que le chef libéral profitait de cette visite pour annoncer la création des CRE (Centres du retour à l'enfance) – une structure inspirée des CPE (Centres de la petite enfance) – qui aura pour mandat d'encadrer les services de gardes aux personnes âgées. Nous nous souviendrons tous des propos scatologiques tenus envers le chef libéral par l'ex-premier ministre Bernard Landry, atteint depuis quelques années du syndrome de La Tourette. De son côté, l'ex-premier ministre du Canada, M. Jean Chrétien, qui souffre d'un grave problème d'incontinence, est passé de la parole aux actes en «déversant» directement son dévolu, c'est le cas de le dire, sur le chef du PLQ. Quant à l'ex-chef de l'ADQ, M. Mario Dumont, qui a élu domicile à la résidence d'État depuis qu'il est atteint du syndrome de Werner à l’origine de son vieillissement prématuré, en plus de l’Hypertrichose chronique dont il est affligé et qui lui vaut sa pilosité excessive bien connue, a une fois de plus accusé le chef libéral de voler une autre des idées du parti dont il est le fondateur.
 
Jean Charest a également connu des moments difficiles en début de campagne, suite au reportage de TVA qui faisait état d'un possible agenda caché, voire même d'un complot conservateur sur les grandes orientations sociales et économiques adoptées par son gouvernement depuis 2003. Les anciens premiers ministres Brian Mulroney et Lucien Bouchard, qui vivent leur retraite depuis quelques années aux îles Caïmans, ont mis d'ailleurs leur ex-collègue conservateur dans l'embarras en l'invitant publiquement à venir les rejoindre au plus vite «avec Michou», advenant une défaite électorale le 31 octobre prochain. «Crisse qu’on est ben icitte!» s’est d’ailleurs exclamé l’ex-premier ministre du Québec.
 
Une fois de plus, les projets de défusions sont venus hanter, huit ans plus tard, la dernière campagne libérale. Le maire de la Communauté des villes défusionnées, mais adhérentes au Montréal métropolitain (CVDMAMM), M. Stéphane Dion, a exigé du gouvernement libéral qu'il adopte le projet de loi déposé sur la clarté municipale. Rappelons que ce projet de loi aurait pour effet de fixer, lors d'éventuels référendums municipaux, un seuil de 95% de voix favorable avant d'enclencher un processus de refusions des municipalités de la CVDMAMM. «La clarté a toujours été la seule et unique idée qui a animé mon engagement politique» a ajouté M. Dion.
 
Quant à la question nationale, M. Charest a refusé de commenté la dernière sortie publique du président du RIFIFI (Regroupement des indépendantistes et fédéralistes indécis, fatigués et incompris), Me Guy Bertrand, qui proposait au gouvernement de trancher l'éternelle question sur l'avenir politique du Québec en participant au financement d'un Politico-Académie, ou les principaux élus politiques québécois seraient invités à venir débattre du sujet 24 h sur 24 devant les caméras-témoins de la télévision. «Pour une fois que lors de discussions au “cabinet”, les politiciens pourraient se mettre à nu devant la population. C'est par le vote du public que l’on trancherait une fois pour toute cette épineuse question» a expliqué le toujours coloré Me Bertrand.
 
 

 

 
     

 

 

 

Jean Charest, en compagnie des trois finalistes de Fonctionnaire-Académie.

 

 

Sa Sainteté Raël, qui en a surpris plus d’un avec son imitation d’Elvis.

 

 

Le ministre de la Justice, monsieur Claude Poirier, a déclaré : «C’est toute une gang de porteux de valises!».

 

 

Le pont Robert-Bourassa. 7 ans de travaux et quelque 9 milliards de dollars investis.

 

 

Sévère aggravation du problème d’hypertrichose chronique de
Mario Dumont.

 

 

Le maire de la Communauté des villes défusionnées, mais adhérentes au Montréal métropolitain (CVDMAMM), M. Stéphane Dion.

 

 
 

Et qui osera parler publiquement de Tina Charest? Pourquoi Jean Charest n’en a-t-il jamais parlé? Aurait-il quelque chose à cacher?