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Katrina

GOES, NASA, NOAA 

Ti-George su’l piton
par Luc Asselin

Souvenez-vous.

Le terrible ouragan qui avait laissé la mort et la désolation dans son sillage. Les pluies diluviennes qui s’étaient abattues et qui avaient causé les terribles inondations ayant emporté dans leur tourbillon bourbeux nombre de vies humaines.

Toutes ces maisons détruites qui avaient servi d’ultime tombeau à des familles entières. Et les survivants ne furent guère mieux lotis; condamnés à l’errance dans leur propre ville, à proximité de leurs propres demeures, ils étaient devenus des sans-abri condamnés à ne pouvoir trouver de refuge sur le pas de leur porte.

Pendant des semaines – sans qu’on puisse en prédire la fin, avaient prévenu les autorités – ils avaient dû se résoudre à attendre le retour des services essentiels tels que l’eau courante et l’électricité. Même les voies de communication avaient été emportées par la déferlante qui avait accompagné le cataclysme. La ville était restée coupée du reste du monde.

La population avait souffert du manque de nourriture, d’eau potable et même des refuges de fortune qu’on n’avait pu lui prodiguer dans un délai raisonnable. On s’en doute, une telle incurie de la part du pouvoir avait entraîné tous les abus imaginables, de sorte que le chaos s’était installé. Rapidement, la situation était devenue incontrôlable avec des bandes armées qui avaient décidé de faire leur loi dans les quartiers désertés par la police et l’armée. Le pillage avait été institué en règle; il était même devenu un mode de survie.

C’était aux Gonaïves après le sinistre ouragan du 17 septembre 2004.

À cette époque, nous autres les Nord-Américains avions haussé les épaules. Certes, nous avions dénoué les cordons de la bourse, mais avec ce geste résigné qui ressemble davantage à une insulte qu’à un élan de solidarité. « Que voulez-vous », pensions-nous avec l’ouverture d’esprit qui a marqué certaines de nos élites politique, « ce pays est le plus pauvre de l’hémisphère occidental! On ne peut s’attendre à mieux de sa part! » L’excuse était toute trouvée : la pauvreté endémique et la corruption dont elle était à la fois la cause et la conséquence.

Aujourd’hui, à la Nouvelle-Orléans, dans le pays le plus riche du monde occidental, quelle est l’excuse?

Comment se fait-il que toute une population est laissée à elle-même sans pratiquement aucun secours pendant ces terribles journées? Qu’attend le pays de l’oncle Sam pour aller à la rescousse de tous ces citoyens démunis? Va-t-il falloir que Washington implore l’aide de Cuba afin que de l’aide soit acheminée aux sinistrés? Je suis sûr que Fidel ne refusera pas une cohorte de médecins au nom de la plus élémentaire solidarité humaine. George W. pourrait-il en dire autant?

Ce qui me frappe dans tout ça, c’est justement ce dernier.

Rappelez-vous le George W. Bush du 11 septembre (pas celui de 1973, celui de 2001). Combien était-il « en contrôle » de la situation. Rappelez-vous à quel point il avait gardé la tête froide et avec quelle facilité il avait organisé non seulement les secours aux sinistrés, mais également la riposte envers les présumés auteurs de l’attentat.

L’ouragan Katrina avait été annoncé avec des jours d’avance. La tempête qui a frappé les côtes de la Louisiane n’était pas aussi puissante que ce qui avait été prévu. L’administration des Stazunis a eu tout le temps nécessaire pour préparer les secours et pour accumuler les approvisionnements afin de venir en aide aux éventuels sinistrés.

Et pourtant, au moment où j’écris ces lignes, elle agit comme si elle a été complètement prise au dépourvu.

C’est bizarre, tout de même, quand on y pense. Quand les avions ont frappé le World Trade Center, cette administration-là avait l’air d’avoir tout prévu…

Une chose est sûre : quand ça fait son affaire,
ti-George est su’l piton!

*

2 septembre 2005