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Une (mauvaise) foi n’est pas coutume
Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais j’ai suivi
avec un intérêt non dissimulé l’évacuation
de la bande de Gaza par les colons. Comme vous savez déjà,
cette évacuation ne s’est pas faite dans la joie et
l’enthousiasme, pas plus qu’elle ne l’a été
de bon gré par tout le monde.
Ce qui m’a étonné là-dedans, c’est
que la chose s’est déroulée sous l’œil
intransigeant des caméras de la planète, car, comme
par hasard cette fois, il était permis aux journalistes d’assister
à ce qui avait toutes les allures d’une déportation.
En passant, on en sait quelque chose, chez nous, des déportations.
En effet, pas plus tard que cet été, on a fêté
dans la joie la plus débridée le supplice des Acadiens
dans les provinces Maritimes. C’est vous dire à quel
point nous sommes un peuple bon vivant et primesautier : tourner
en party un crime contre l’humanité…
Only in Canada, dis-je toujours à ceux qui ne veulent
me comprendre. Moi, je n’ai pas fêté; je ne me
sens jamais canadien dans ces cas-là.
Mais je digresse.
Je dis « par hasard » parce que, la dernière
fois où l’armée israélienne a foutu des
gens dehors de chez eux dans la bande de Gaza, ça s’est
fait avec une discrétion exemplaire. Pas question d’avoir
ça sur film à l’époque, comme sur vidéo
de nos jours. Surtout pas. On a agi avec efficacité. non
pas en transportant complaisamment les résistants dans des
autobus – étaient-ils seulement climatisés?
–, mais en les chassant à la pointe du fusil. On n’avait
pas voulu, dans le temps, que les journalistes s’en mêlent,
de peur de fabriquer des martyrs. On dirait que, maintenant, les
choses ont bien changé. Il semble que les autorités
ne refusent pas d’en créer quelques milliers (4 000
sur 8 500 colons) pour les donner en pâture à
la communauté internationale.
Mais pourquoi courir le risque de ternir ainsi l’image du
gouvernement de Jérusalem? Tout simplement parce que ça
ne ternit rien du tout. Voici plusieurs années que l’opinion
mondiale commence à se tourner imperceptiblement du côté
du peuple palestinien et que, en conséquence, l’étoile
de l’occupant sioniste à Gaza et en Cisjordanie commence
à pâlir. À tel point, en fait, qu’Israël,
qui n’a jamais perdu une seule de ses guerres, est maintenant
contraint, au nom de la paix, à lâcher des territoires
qu’il détenait depuis près de 40 ans.

Alors, puisqu’on veut bien paraître, on n’hésite
pas à donner dans le déchirement. N’importe
quel réalisateur de téléréalité
vous le dira : « Ça prend du monde qui “braille”. »
Alors on en a donné à la planète entière.
Des hommes, des femmes, des enfants et même des flics et des
soldats; tous au désespoir. Des larmes, des cris, des grincements
de dents, de véhémentes protestations, des poings
dressés en signe de dépit. Il y avait de quoi émouvoir
n’importe qui. Je suis sûr que toute cette douleur a
dû provoquer un pincement au cœur des Palestiniens eux-mêmes…
Mais, me suis-je demandé avec ma coutumière naïveté,
pourquoi?
Mais pour montrer tout le sacrifice consenti par l’occupant
illégal (dixit les nombreuses résolutions de l’Organisation
des Nations unies) pour faire sa part afin de mettre un terme à
la guerre. Ainsi que pour monter en épingle ce qui n’est,
finalement, qu’un préalable obligé à
tout règlement durable et d’en faire, avec l’aide
des médias, un sacrifice douloureux et terrible. Dès
lors, nous laisse-t-on entendre, qu’on ne lui demande plus
rien, à ce pauvre occupant; cette quête de la paix
lui a déjà tant coûté.
On appelle ça le pouvoir de négociation. Et ça
en prend beaucoup, beaucoup quand on n’a pas du tout l’intention
de négocier.
Quelque chose me dit qu’Israël n’est pas à
la veille de cesser l’occupation de la Cisjordanie.
Et encore moins de faire de véritables concessions…
Ah pis, ma yeule!…
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