
Un somme nie
par Luc Asselin
La scène se passe dans la chambre à coucher principale
à la résidence de Rideau Hall, au cours de la nuit
du 27 septembre 2005. On entend un déclic et la lumière
jaillit depuis la lampe de chevet à la droite du lit.
— Jean-Daniel? Dors-tu?
— [Grognement incompréhensible.]
— Mon amour! Dors-tu?
— Michaëlle? Qu’y a-t-il ma chérie?
— Jean-Daniel… Je… J’ai une question à
te poser.
— Oui, ma belle. Laquelle?
— Une question très personnelle.
— Mais pose-la, ma bien-aimée. Tu sais que je n’ai
rien à te cacher.
— Avant, il faut que tu me promettes de me répondre
franchement.
— T’ai-je déjà menti, lumière
de mes jours? Sois sans crainte.
— Jean-Daniel, il faut que je sache. Es-tu souverainiste
ou fédéraliste?
— Michaëlle, je t’assure que je suis fédéraliste,
jusqu’au bout des ongles.
— Mais, mon amour, à quel point l’es-tu vraiment?
— Douceur de ma vie, selon le test que m’a fait passer
Paul avant-hier, ma note me situe presque à mi-chemin entre
Jean Chrétien et Pierre Elliott Trudeau.
— Cela me rassure quelque peu, Jean-Daniel. Mais… Comment
dire?
— Dis, ma joie, que je puisse réconforter ton cœur
qui m’est si précieux.
— Mon amour, depuis combien de temps l’es-tu?
— Mais, ma chérie, je l’ai toujours été.
Pas une seconde je ne fus d’abord canadien, même avant
de quitter la France et si, d’aventure en cette terre si belle
qui est la notre d’un océan au leur, j’ai fréquenté
des individus à la pureté n’ayant d’égale
que leur dureté, ce ne fut jamais que pour des raisons exclusivement
artistique, je te l’assure.
— Oh! mon amour! Tu as fait de moi la femme la plus heureuse
du monde!
— J’en suis heureux, ma douce perle des Antilles. Dors
bien.
— Mais… Jean-Daniel?…
— Oui, ma bien-aimée?
— Jean-Daniel… Je… J’ai une autre question
à te poser.
— Oui, mon amour. Laquelle?
— Une question très personnelle.
— Mais pose-la, ma bien-aimée. Tu sais que je n’ai
rien à te cacher.
— Avant, il faut que tu me promettes de me répondre
franchement.
— Je t’en fais le serment sur cette sculpture inuite
qui se trouve sur ma table de chevet.
— Jean-Daniel, il faut que je sache. Suis-je souverainiste
ou fédéraliste?
— Ma toute belle. Tu es haïtienne de naissance, québécoise
d’adoption, française par alliance et tu représentes
un monarque britannique. Comment pourrais-tu être davantage
canadienne?
— Oh! Mon amour! Comme ta sagesse est grande! Tu m’as
convaincue. Je suis la femme la plus comblée qui soit!
Un déclic se fait entendre et l’obscurité
revient.
Au bout de quelques minutes, un autre déclic se fait
entendre et la lumière jaillit depuis la lampe de chevet
à la gauche du lit.

— Michaëlle? Dors-tu?
— [Grognement incompréhensible.]
— Prunelle de mes yeux! Dors-tu?
— Jean-Daniel? Qu’y a-t-il, mon amour?
— Michaëlle … Je… J’ai une question
à te poser.
— Oui, mon amour. Laquelle?
— Une question très personnelle.
— Mais pose-la, mon amour. Tu sais que je n’ai rien
à te cacher.
— Avant, il faut que tu me promettes de me répondre
franchement.
— T’ai-je déjà menti, Jean-Daniel? Sois
sans crainte.
— Michaëlle, il faut que je sache. Es-tu vice-roi ou
vice-reine?
*
[Recording made by corporal Lord, CSIS
Federal Capital and Special Operations, Ottawa. Begin : 09/07/05;
23:53 – End : 09/07/05; 00:12.]
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