
La gouverne re-gêne et râle
par Luc Asselin
Une nouvelle gouverneure générale nous est née!
Alléluia! Noël! Et toute cette sorte de choses! Oui,
en effet, pendant un long moment l’angoisse a étreint
la population canadienne. Les conversations n’en finissaient
pas de ressasser le même thème où poignait un
soupçon d’inquiétude mal dissimulée.
Qui allait être le prochain gouverneur général,
ou la prochaine gouverneure générale, du Canada? Que
se passerait-il si le pouvoir exécutif, dans sa coutumière
étourderie, oubliait tout simplement de désigner la
personne appelée à succéder à son excellence
la très dispendieuse (et honorable) Adrienne Clarkson? Qu’adviendrait-il
au plus beau pays du monde sans son gouverneur général
pour entériner aveuglément les lois, accueillir brièvement
les dignitaires étrangers et distribuer à la pelle
les décorations nationales comme autant de médailles
de saint François de Sales?
Fort heureusement, cette longue incertitude a fini par arriver
à terme au mois d’août. Le gouvernement libéral
minoritaire secoué par le scandale des commandites, éreinté
par les sondages toujours aussi défavorables – au Québec
tout au moins –, qui éprouve de sérieuses difficultés
financières puisque sa campagne de levée de fonds
ne lève, justement, pas a gardé le cap et s’en
est tenu à son légendaire sens des priorités.
Non, notre bien-aimé premier ministre, qui n’est que
le chef du gouvernement, n’a pas oublié que le gouverneur
général est en fait, sur le plan constitutionnel,
le chef de l’État. Ç’eût été
une catastrophe que de laisser le Canada sans chef, comme de laisser
un navire sans capitaine, les provinces sans l’Ontario ou
une agence de publicité sans président à l’impeccable
probité.
Le très honorable (sic) Paul Martin n’a pas
négligé le plus important de ses devoirs et a trouvé
en Michaëlle Jean une émule digne de ses nombreux prédécesseurs.
Si, au moment de l’annonce, ce choix a pu surprendre, une
étude plus attentive de la question nous démontre
que cette nomination était en fait incontournable.
Premièrement, Mme Jean sait lire en français, comme
elle l’a prouvé pendant des années au bulletin
d’informations télévisé du soir pour
le compte de son employeur canadien. Nul doute, également,
qu’elle saura mieux parler anglais que son prédécesseur
ne parlait le français.
En outre, on l’a découvert l’été
dernier, elle peut aussi poser des questions comme elle le faisait
dans la série d’entrevues qu’elle a menées.
Évidemment, personne ne les a écoutées, mais
est-ce de sa faute? D’ailleurs, si personne ne les a écoutées,
comment puis-je être au courant? Il faudra que je lui demande;
elle doit savoir puisque c’est une journaliste et qu’à
titre de gouverneure générale, comme elle l’a
si bien dit, elle ne veut rien d’autre que de servir la population.
Ensuite, elle a un petit je-ne-sais-quoi d’exotique, ce qui
la rendra plus canadienne – et donc sympathique – aux
yeux des Québécois. Peut-être est-ce son sourire.
Avez-vous remarqué qu’il est le même que celui
de Michelle Viroly? Visiblement le service des ressources humaines
de Radio-Canada est bourré d’esthètes et non
pas seulement – dieu merci! – de prosélytes de
l’ergomanie ou d’obsessionnels des aptitudes.
De plus, comme son prédécesseur, elle est une femme
née sous d’autres latitudes ce qui, bien entendu, donne
une image plus juste des profondes aspirations de nos contemporains
: à savoir, passer l’hiver dans les Antilles et l’été
aux États-Unis.
Enfin, comme Adrienne Clarkson, elle est issue du monde des médias.
C’est d’ailleurs assez intrigant cette manie qu’ont
les gouvernements libéraux d’aller chercher leurs gouverneures
générales au sein de la grande boîte radio-canadienne…
Ça va finir par laisser l’impression qu’ils
ont un message à faire passer.
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