
Sexe et liberté
par Luc Asselin
Lors de son assermentation du 20 janvier dernier, George Walker
Bush, président réélu des Stazunis d’Amérique,
a livré un discours émouvant où le mot « liberté »,
ou un de ses synonymes (liberty, freedom, etc.), est revenu
quarante et une fois en quelques minutes. Pas un mot sur la situation
difficile de la balance commerciale; rien concernant le déficit
budgétaire record qui mine la santé économique
de son pays; motus sur l’échec de sa politique étrangère
et sur les frictions qu’il a suscitées avec nombre
de pays auparavant amis; silence sur le déroulement moins
que satisfaisant des guerres que les Yankees mènent en Afghanistan
(ah! vous l’aviez oubliée, celle-là, hein?)
et en Irak.
Quarante et une fois le mot « liberté »
tandis que des prisonniers croupissent dans des geôles yankees,
non seulement à Guantanamo, une enclave occupée illégalement
en pays étranger, mais également sur le territoire
même des Stazunis. Prisonniers qui ne disposent d’aucun
droit, pas même les plus fondamentaux, comme avoir des contacts
avec le monde extérieur, consulter un avocat ou même
savoir de quoi on les accuse. Bref, c’est Kafka, sans l’humour
sous-jacent…
Quarante et une fois le mot liberté alors que de plus en
plus de citoyens innocents, aux Stazunis, au CAnada et ailleurs
dans le monde, sont fichés par la CIA (Central Intelligence
Agency), le FBI (Federal Bureau of Investigation) et la NSA (National
Security Agency), sans compter le Pentagone et les autres organismes-yankees-qui-ne-font-pas-de-politique,
« au cas où ». Oui, parce que, pour
l’État, rien n’est plus menaçant qu’un
citoyen. Est-ce Talleyrand qui disait : « Un mécontent,
c’est un pauvre qui réfléchit »?
Pour en revenir à George Walker Bush, ça m’a
bien fait sourire. Oui, parce que – peu de gens s’en
rappellent aujourd’hui – mais Adolf Hitler – grand
égalitariste n’est-ce pas? – lui aussi, passait
de longs discours enflammés à parler de liberté
pour le peuple allemand et pour l’Europe. À l’entendre,
il était également le plus grand démocrate
que la terre ait jamais porté, protégeant les bons
citoyens contre les ennemis de l’extérieur, ces derniers
étant d’une appartenance politique ou ethnique douteuse.
En d’autres termes, George Walker Bush et Adolf pas-d’autre-nom
Hitler, même combat : vive la démocratie! vive
la liberté! faites ce qu’on vous dit!
Finalement, la liberté, c’est comme la sexualité :
moins on la pratique, et plus on en parle…
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