
Tsunamis et ‘tits n’amis
par Luc Asselin
Chez les Allemands, on affirme que la meilleure chose après
un bon ami est un bon ennemi. Ainsi, le reconnaissent-ils implicitement :
un bon ami est ce qu’il y a de mieux. J’en ai d’excellents
et je sais que je parle en connaissance de cause lorsque j’affirme
que ce proverbe dit vrai. Il n’y a en effet rien de plus précieux
qu’un bon ami.
Je ne suis d’ailleurs pas le seul à le penser, remarquez
bien. En effet, mon gouvernement québécois bien aimé
– et néanmoins fédéraliste – nous
en a donné une démonstration éclatante ces
dernières semaines. Les temps troublés demeurent les
plus propices afin de mettre en lumière les tendances profondes
de la psyché des personnes, que ces dernières soient
physiques ou morales. Comprenez-moi bien; quand je dis que le gouvernement
libéral est une « personne morale », il s’agit
là d’une expression toute faite, laquelle dans les
circonstances frise l’oxymore.
Mais passons, si vous le voulez bien.
Bref, la crise asiatique causée par les tsunamis a mis en
évidence l’attitude profonde du gouvernement de John
Charest, tout comme elle a permis de comprendre qui sont ceux qu’il
considère comme ses amis.
En effet, avec ses 175 000 morts [NDLR : chiffre officiel
au moment de la publication de cet article] et un nombre équivalent
de blessés et sans-abri, le raz-de-marée qui a balayé
les côtes de l’océan Indien a constitué
la pire catastrophe naturelle de l’ère moderne (et
probablement de l’histoire). Or, que font ces bons libéraux
lorsque vient le temps d’intervenir pour le bien des êtres
humains, ce qui est après tout, s’il faut en croire
leur discours, leur principal souci? Ils ne font ni une ni deux
et annoncent à la face du monde qu’ils vont contribuer
100 000 $ afin de venir en aide aux victimes. Non pas
100 000 $ par semaine, ni par mois, ni même par
année. Non, 100 000 $ en tout, point à la
ligne!
La plus élémentaire arithmétique nous renseigne
assez rapidement sur l’étendue du secours qui est ici
apporté à une région bordée d’économies
émergentes (sans mauvais jeu de mots). En gros, on estime
que le nombre de sinistrés est à peu près égal
au nombre de morts dans le cas précis des tsunamis du 26
décembre. Alors, si on divise ces 100 000 $ équitablement
entre les 175 000 sinistrés, on obtient une moyenne
assez éloquente de 0,57 $ par personne. Je ne sais pas
pour le Sri Lanka, mais ici une bouteille d’eau de 500 ml
dans un dépanneur, ça coûte presque le double.
Et les sinistrés n’auront pas encore mangé là-dessus…
Mais nos bons libéraux provinciaux, qui sont prêts
comme de vrais petits scouts, ont expliqué qu’ils allaient
compenser cet apparent manque à gagner en fournissant davantage
de ressources et d’expertise. Selon la ministre Michèle
Courchesne, il a été convenu avec Ottawa que le Québec
dépêcherait dans la région du personnel médical,
ainsi que des gens pour aider à la reconstruction du système
d’éducation.
Il faut dire que l’éducation, c’est une spécialité
du Québec. Dans ce domaine-là également, nos
bons libéraux ont démontré à quel point
ils étaient prêts. Passons rapidement sur le sale tour
qu’ils ont joué aux étudiants en comprimant
les bourses au profit des prêts. Dernièrement, on apprenait
que certaines écoles privées d’une confession
particulière allaient bénéficier d’un
financement à 100 %, ce qui est normalement réservé
aux écoles publiques. Au total, une quinzaine d’écoles
regroupant environ 7 000 élèves pourront se prévaloir
de ce traitement favorable, sans pour autant cesser d’imposer
des frais de scolarité à leur clientèle. En
théorie, cette aberration vise à favoriser l’intégration
entre les communautés. En d’autres termes, ces écoles
privées d’une confession particulière pourraient
recevoir une contribution totale de plus de 36 millions $.
Ça doit être ça, le partenariat public-privé…
C’est curieux, mais j’avais toujours pensé que
l’intégration se pratiquait mieux en mettant en présence
les différentes communautés composant une société,
plutôt qu’en les « ghettoïsant »
par le biais d’écoles exclusives. Mais bon, j’ai
l’esprit chagrin et, s’il faut en croire la plupart
de mes contemporains, j’ai toujours tort.
N’empêche, 36 millions $ contre 100 000 $…
M’est avis que les libéraux ont des ‘tits n’amis
seulement dans certaines communautés.
Ah, en passant, le gouvernement du Québec – toujours
lui – a accordé une subvention de 65 000 $
au 46e tournoi international de hockey pee-wee de la ville de Québec,
qui doit se dérouler en février prochain.
D’après moi, les Sri-Lankais devraient lâcher
le cricket…
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