
Les nouvelles
LCN – Mise à jour: 09/12/2004 08h43
LOCK-OUT DANS LA LNH
LES QUÉBÉCOIS
APPUIENT MASSIVEMENT LES PROPRIÉTAIRES
(PC) - Cinquante-six
pour cent des Québécois soutiennent les propriétaires
des équipes de la Ligue Nationale de hockey dans le combat
qui les oppose aux joueurs.
C’est ce
qui ressort d’un sondage Léger Marketing publié
dans le Journal de Montréal mercredi matin.
Seulement 12%
des répondants se rangent du côté des joueurs
en lock-out.
Les chiffres
sont encore plus concluants chez les grands fans de hockey, ceux
qui regardent tous les matchs: 62% d’entre eux appuient les
propriétaires, contre 17% qui favorisent la position des
joueurs.
La Ligue nationale
ne reprendra pas ses activités cette saison, selon 68% des
répondants; 18% pensent qu’il y aura du hockey avant
l’été prochain.
Par ailleurs,
74% des Québécois affirment qu’ils auront autant
d’intérêt qu’auparavant pour le hockey
de la LNH quand il reprendra, tandis que 21% en auront moins.
Le sondage a
été mené entre le 1er et le 4 décembre
auprès d’un échantillon de 1008 Québécois
âgés de 18 ans et plus. La marge d’erreur est
de 3,1%, 19 fois sur 20.
*
Social interest
par Luc Asselin
Je suis tombé sur cet entrefilet l’autre jour en naviguant
sur le Web à la recherche de ma drogue quotidienne : les
nouvelles. Comprenons-nous bien; je ne suis pas un fan de hockey,
et encore moins un partisan de l’une ou l’autre équipe.
Mais par les temps qui courent, je m’amuse à voir comment
les millionnaires négocient entre eux. Comme le conflit dans
la LNH dure depuis un bon moment, je me dis que les choses vont
finir par débloquer. Or comme il ne se passe rien de tel,
j’ai fini par me rabattre sur l’insolite, le fait divers,
l’incontournable human interest. Or voici que le
human interest, cette fois-ci, ne concerne pas un individu
ou même une famille, mais toute une collectivité. En
fait, le point d’intérêt est davantage socioéconomique
qu’humain, mais tout de même ne manque pas de piquant.
Il y a de quoi, remarquez. Dans le cas qui nous occupe, on découvre
que 56 % des Québécois appuient les propriétaires
d’équipe dans le conflit qui les oppose à l’Association
des joueurs, contre seulement 12 % qui soutiennent ces mêmes
joueurs. Ça m’a tout de même étonné.
Oui, car enfin, ce sont les propriétaires qui ont décrété
le lock-out, portant l’odieux de la chose et privant le public
de son sport préféré. Ce sont encore les proprios
qui ont décidé unilatéralement d’imposer
un plafond salarial. Par ailleurs, qui, au sein du public, connaît
plus de trois propriétaires d’équipe de hockey
professionnel? Et quand je dis « connais », je veux
dire de nom seulement. Pas grand monde. À l’inverse,
ils sont légion à connaître des joueurs et à
les admirer.
En conséquence, on aurait pu s’attendre à ce
que le public soit plus enclin à appuyer ses idoles que d’illustres
inconnus qui trônent au sommet de leur tour d’ivoire.
Eh bien, non! C’est tout le contraire qui se produit. Bien
évidemment, je me suis demandé pourquoi. Et tout aussi
évidemment, je me suis demandé s’il y avait,
dans l’actualité, des exemples semblables où
le public, sans trop se demander pourquoi, accorde sa préférence
non pas à des gens qu’il connaît ou même
côtoie, mais à d’autres, de parfaits inconnus.
Aussi me suis-je rendu compte que les exemples abondent en ce moment
dans les journaux.

Par exemple, systématiquement, le public appuie aveuglément
l’administration municipale de Montréal dans son éternelle
partie de bras de fer avec les cols bleus. Pourtant, qui sont les
cols bleus? Ce sont des travailleurs qui œuvrent dans quantité
de domaines, comme la préposée aux plantes du Jardin
botanique ou le travailleur de la voirie qui descend dans le trou
aux petites heures du matin pour aller colmater la fissure de la
canalisation d’eau en pleine vague de froid de janvier. Des
gens ordinaires qui font leur boulot, qui gagnent en moyenne 35
000 $ par année, et qui sont nos voisins. Bref, des gens
comme tout le monde, mais qu’il est hors de question d’appuyer
ou d’encourager lorsqu’ils tentent de se défendre.
Autre exemple? Tenez, à la télévision l’autre
jour. Des clients les bras chargés de bouteilles et qui sortaient
de succursales de la Société des alcools du Québec,
sourire aux lèvres alors qu’on leur demandait si ça
les dérangeait de franchir des lignes de piquetage –
remarquez bien, il devait y avoir des syndiqués sur le tas,
c’est statistiquement certain. Non, ça ne semblait
déranger personne; pas le moindre sentiment de culpabilité.
Au contraire, ils insistaient avec aplomb sur le fait que si c’était
le droit de certains de se mettre en grève, c’était
aussi le droit des autres de s’attendre à ce que ça
ne cause aucun dérangement à leur routine. Bref, tant
que les grévistes ferment leur gueule et qu’ils n’empêchent
pas d’avoir accès à la gnôle, tout va
bien. De là à dire qu’on se fiche de leurs revendications
et qu’on appuie implicitement les patrons, il n’y a
qu’un pas...
Lorsque les propriétaires de dépanneuses ont manifesté
en créant des bouchons monstres à Montréal
dernièrement, dans le but de protester contre l’incurie
administrative qui minait leurs conditions de travail, pour ne pas
dire leurs conditions de survie, il ne s’est trouvé
que des automobilistes mécontents qui semblaient davantage
prompts à comprendre les motifs de la ville que ceux des
travailleurs.
Tous ces exemples m’ont étonné et, du fond
de leurs différences, il est émergé une constante.
Que ce soit les millionnaires du hockey, les travailleurs syndiqués
ou indépendants, qu’ils soient grévistes ou
simplement en moyens de pression, la faveur du public va toujours
aux mêmes : aux plus riches. Instinctivement, au Québec,
on a dégagé la leçon que, dans tout conflit,
celui qui doit immanquablement avoir raison est celui qui a le plus
d’argent. Est-ce une mauvaise compréhension des principes
de la sélection naturelle? Il semblerait en tout cas que
la personne qui est le plus à l’aise part avec une
bonne longueur d’avance dans la course à la crédibilité
aux yeux du public.
Et pourtant, les fortunés n’ont pas pris leur argent
dans les arbres, comme on le sait très bien. Il a fallu qu’ils
l’arrachent à d’autres. Leur statut socioéconomique
ne dénote pas un plus grand savoir-faire, un plus grand talent
ou une meilleure connaissance des mécanismes financiers,
mais seulement une absence de scrupules plus marquée.
Ce qui est étonnant, c’est que l’opinion publique
fasse corps avec eux. Mais enfin qu’est-ce qui fait que les
gens se sentent spontanément solidaires avec les ploutocrates,
les prévaricateurs, les aigrefins, les profiteurs et autres
filous?
Qui se ressemble se serre les coudes, je suppose.
Ça doit être pour ça que le capitalisme fonctionne,
lui...
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