
Jell-O submarine
par Luc Asselin
Chers baby-boomers, et autres de la génération X
qui sont restés accros aux vieilleries… Voici venu
le temps d’actionner la tirette nostalgique et de vous remémorer
un des fleurons du septième art qui est demeuré un
jalon de notre belle culture occidentale : Yellow Submarine,
film d’animation ainsi intitulé à cause d’une
chanson popularisée par un groupe rock britannique des années
1960.
Le scénario un peu facile ne présentait guère
d’intérêt. Résumons l’histoire :
les bons arrivent et battent les méchants. Mais, comme l’estimaient
à juste titre ses auteurs, le degré de concentration
des spectateurs ayant été préalablement altéré
par l’absorption de quelque psychotrope, on ne s’attendait
pas à ce qu’ils soient trop pointilleux sur ces questions
somme toute relativement secondaires. Non, l’intérêt
du film tenait à ce que, toujours plongé dans un état
de stupeur induit chimiquement, l’auditeur soit en quelque
sorte obnubilé par la teneur surréaliste des images.
Comme c’est curieux que tant de choses touchant les submersibles
nagent – sans mauvais jeu de mots – dans l’absurde.
Faut-il rappeler un épisode aujourd’hui oublié
de l’histoire CAnadienne précédant les dernières
élections présidentielles yankees? Je parle du dossier
des sous-marins, anciennement britanniques. Certains d’entre
vous se souviendront peut-être de ces fameux engins de destruction
relative (ils ne peuvent emporter d’armes nucléaires,
bactériologiques ou chimiques) que le CAnada a acheté
pour une bouchée de pain au Royaume-Uni, sous les encouragements
appuyés des Yankees. Au prix de 750 millions $ pour
un lot de quatre, le CAnada a en plus dû allonger un autre
250 millions $ pour les mettre à niveau. C’est-à-dire,
semble-t-il, à celui de la mer, faute de quoi ils auraient
coulé à pic.
Bref 1 milliard $ pour quatre sous-marins.

Les temps ont bien changé. Je me souviens encore de l’époque
où un tel montant ne réussissait qu’à
grand-peine à payer un tout petit stade olympique. Grâce
à la nouvelle économie, le CAnada peut maintenant
se procurer des choses utiles qui lui permettront de protéger
ses côtes. Les protéger contre qui, au fond? On n’ose
pas le dire, mais quel pays a, ces dernières années,
tué le plus de ses soldats? Eh oui, vous avez tout compris :
les Stazunis.
De méchantes langues ont affirmé qu’il s’agissait
là d’une manière plus que litigieuse d’utiliser
les précieux deniers publics. En effet, aux yeux de certains,
l’argent des contribuables aurait sans doute été
mieux investi dans des programmes sociaux, comme par exemple en
santé, dans l’éducation ou même dans le
filet social venant en aide aux sans-emploi.
Mais justement, le gouvernement fédéral a déjà
beaucoup trop investi dans des programmes sociaux. Et d’ailleurs,
ce faisant, il a essuyé les critiques de ceux-là mêmes
qui, aujourd’hui, lui reprochent soudain de ne pas le faire.
Je me mets à la place d’un libéral fédéral
CAnadien et je me dis que les critiques ne savent plus quoi inventer
pour critiquer.
Le contrôle des armes à feu, n’est-ce pas là
un programme social? N’allez pas dire non, on vous rabrouerait
sur le champ. Remarquez que « on » exclut
la personne qui parle. Personnellement, je suis trop gentil pour
rabrouer – et encore moins vilipender – qui que ce soit.
Mais ce programme est bien à caractère social et,
pour en assurer la pleine et entière réussite, le
gouvernement du CAnada n’a pas lésiné sur les
moyens. Un milliard de dollars, ce n’était pas trop
cher payé afin d’assurer que tous les CAnadiens puissent
dormir sur leurs deux oreilles.

Et les commandites, n’est-ce pas là un autre programme
à saveur sociale? Comment ne pas reconnaître que, à
travers toutes ces initiatives, certaines n’eurent pas une
couleur un tant soit peu sociale? Bon, je ne parle pas des balles
de golf ou des chapeaux de cow-boy, comme les affectionne M. Charles,
dit « Chuck », Guité. À quoi
Sheila Copps aurait-elle occupé son temps à l’époque
si elle n’avait eu à distribuer sa flopée d’unifoliés?
On l’aurait tout simplement entendue plus souvent à
la télé. Non, non : le programme des commandites,
ne serait-ce que pour ça, était effectivement à
caractère social. Cinq cents millions que d’aucuns
appellent du gaspillage. Quelle mauvaise foi!
Nombreux sont ceux qui évoquent l’incurie du gouvernement
CAnadien dans ces deux derniers dossiers qui ont coûté
au total 1,5 milliards $ à un pays qui n’a d’argent
ni pour se soigner ni pour s’instruire convenablement. Et
on a ensuite le culot de chipoter parce que quatre malheureux petits
sous-marins ont coûté 1 milliards $! C’est
vrai que, vu sous cet angle, s’il avait économisé
l’argent du programme des armes à feu et celui des
commandites, le CAnada aurait pu s’acheter six autres sous-marins
inopérants. Ses côtes auraient été ainsi
tout aussi exposées pour plus du double du prix! Que de sécurité
en perspective…
À propos, je suggère fortement à la marine
CAnadienne de peindre ses sous-marins de couleurs voyantes, afin
d’éviter que les bateaux d’autres pays les éperonnent
accidentellement en haute mer tandis que, à la merci de la
houle, ils sont incapables de se mouvoir.
À ce que j’ai entendu dire, les Anglais ont de la
peinture jaune à vendre. Elle est presque neuve; ils n’en
sniffaient que le dimanche…
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