
Pompez les funèbres! Il faut souligner la énième
mort du mouvement souverainiste au Québec. En effet, comme
après chaque référendum, comme après
chaque retour des fédérastes libéraux du Québec
au pouvoir, comme après chaque fois que, dans un bâillement,
les désabusés de toutes tendances éprouvent
l’envie de parler d’autre chose, on tire un crêpe
noir sur la question nationale.
Exit, les doux rêveurs.
De la société distincte « nationalement »
affirmée de Pierre-Marc Johnson à l’autonomisme
de Mario Dumont, en passant par toutes les couleurs de la souveraineté,
associée ou non, du nationalisme et du séparatisme,
nous en sommes arrivés au fédéralisme asymétrique.
« Assis où? » me demandez-vous. Non
il n’est pas question de meuble, sinon pour donner un exemple
afin de mieux comprendre le concept : asymétrique comme dans
la phrase « Les pieds de la table bancale sont asymétriques. »
Pour en revenir à ce nouvel avatar du fédéralisme,
de méchantes langues comme moi l’ont même surnommé
le fédéralisme « à s’y méprendre »,
mais bon je ne ressens nulle obligation de fréquenter ces
gens-là! Je le fais par plaisir…
Mais fi de ces billevesées!

Le fait demeure, notre premier ministre québécois
John Charest est revenu de sa première conférence
fédérale-provinciale – véritable rite
de passage pour tout futur collabo de service – avec en main
une victoire et de l’argent.
L’argent d’abord. Des dollars – seulement canadiens
il faut le souligner – arrachés de haute lutte au gouvernement
fédéral afin de remplumer un tant soit peu le système
de santé qui a bien besoin de cet apport, étant donné
que les fortunés et autres ploutocrates vont donner leur
argent au sud de la frontière lorsque vient le temps de se
faire soigner. De cette manière, ce cher John – c’est
son véritable prénom, à ce qu’on dit
–, venait de redorer considérablement son blason terni
depuis, pratiquement, le soir de son élection. On sait à
quel point les Québécois obsèdent à
propos de la santé; c’est presque aussi aigu qu’envers
la température, ce qui est tout dire. Dans ces circonstances,
John est revenu de sa visite chez le grand frère libéral
auréolé comme saint George ayant terrassé le
dragon. Sauf que le dragon restait bien en vie et que ce cher John
réussit à commettre une autre bourde en avouant que
tout cet argent (un premier demi-milliard) ne serait pas employé
dans le domaine de la santé. Inutile de dire que certains,
et pas des moindres, furent profondément déçus
de ce manque de savoir-faire rhétorique. Je ne suis même
pas convaincu que ces personnes aient exclusivement été
des souverainistes ou des syndicalistes. Mais passons…
De toute façon, a insisté John, qu’importait
où cet argent irait. Il y avait bien mieux. Le gouvernement
fédéral, en la personne de Paul Martin, acceptait
de céder cette somme avec, comme on dit en canadien bilingue,
« no strings attached » – et
ce n’était pas une allusion aux sous-vêtements
des principaux protagonistes. Il n’en fallait pas plus pour
que ce cher John arrive chez nous tout trépignant en annonçant,
sans tambour mais avec tromperie, que venait d’être
inaugurée une nouvelle étape dans l’histoire
des relations fédérales-provinciales. Chouette, alors!,
laissa entendre John, voilà que la raison d’être
des souverainistes disparaissait enfin. Le Canada, après
deux générations de fermeture totale aux revendications
légitimes du Québec, acceptait enfin de reconnaître
sa spécificité, un concept que Paul Martin lui-même
est incapable de prononcer! Bref, tous les problèmes constitutionnels
allaient se régler d’eux-mêmes grâce à
la collaboration entre les paliers de gouvernement. On entrevoyait
enfin le terme des querelles stériles et l’aube d’une
ère à la fois nouvelle et avantageuse. Sans compter
que l’on pouvait commencer à sonner le glas des « séparatiss »,
comme aimait à le postillonner Jean Chrétien.
Bravo John! Encore une fois, il remportait la note parfaite pour
le sophisme, mais ratait son test de logique. Il ne faut pas lui
en vouloir : il est en politique. Il ne faut pas lui en tenir rancune
non plus : c’est un libéral et, malgré
tous les atouts qu’ils ont en main, les libéraux n’arrivent
pas à faire fonctionner les choses correctement. Il paraît
que le libéralisme est un système économique;
un peu comme l’extorsion est un système argumentatif.
Pourquoi ratait-il son test de logique? Suivez le raisonnement
avec moi.

Pour quelle raison Paul Martin a-t-il accepté de lâcher
le morceau devant les provinces? D’abord, parce qu’elles
ont formé un front commun et que, le lave-vaisselle étant
plein, elles n’avaient emporté que leurs couteaux courts.
Mais c’est d’abord et avant tout parce que, pour une
rare fois, le fédéral se trouvait dans une position
de faiblesse. Pourquoi? Mais tout simplement parce que Paul Martin
dirige un gouvernement minoritaire qui, pour éviter de se
trouver renversé prématurément, se doit de
ménager la chèvre, le chou et les provinces. Mais
comment se fait-il que ce gouvernement se retrouve dans une position
aussi précaire? À cause des excellents résultats
électoraux remportés par le Bloc qui a arraché
quantité de sièges aux libéraux fédéraux
au Québec. En effet, la performance du Nouveau parti démocratique
n’a rien eu d’éblouissant, et celle des Conservateurs
a été carrément décevante, en Ontario
particulièrement. Et quel est l’orientation politique
de ce fameux Bloc? Mais la souveraineté du Québec,
voyons…
Bref, si John Charest a ramené plus d’argent que prévu
d’Ottawa, c’est grâce aux souverainistes.
La vois-tu?
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