
Dondaine
laridaine
par
Luc Asselin
Au nombre des mesures
prioritaires devant mener à l’indépendance,
Bernard Landry a mentionné, au cours du dernier congrès
du Parti Québécois, l’adoption d’un hymne
national. Là-dessus, il a, comme d’habitude, entièrement
raison. J’ai, pour ma part, toujours soutenu qu’un pays
nécessitait cinq choses pour affirmer son existence : un
gouvernement, un drapeau, un hymne, une monnaie et une armée.
Dans le cas du Québec, nous sommes privilégiés,
car nous en possédons déjà deux, à savoir
un gouvernement – ce qui, on le sait, coûte le plus
cher – et un drapeau.
Dans cette optique, il est d’ailleurs étonnant que,
au fil des ans, un peuple possédant tant de chantres n’ait
point produit un hymne dont le caractère à la fois
distinctif et rassembleur aurait sans doute pu jouer un rôle
important dans le cadre de référendums passés.
D’accord, on ne saurait songer à tout, à plus
forte raison lorsqu’on est en train de négocier avec
Lucien Bouchard et Mario Dumont afin de mettre sur pied une coalition.
Et pour sa part, René Lévesque n’était
pas renommé pour son oreille musicale, entre autres parties
de son anatomie.
Mais comment obtenir cet hymne national?
*
Hymne qu’on mande
Deux approches s’offrent à nous dans ce dossier devenu
soudainement urgent.
La première consiste à en créer un. Là
encore, deux voies s’offrent à nous. Ou bien on le
commande à un auteur-compositeur-peut-être-même-interprète,
ou bien on pourrait lancer un vaste concours d’envergure nationale.
Voyons d’abord la commande. À qui s’adresser?
À des auteurs de génie contemporains, bien entendu,
qui sauraient faire vibrer nos cordes sensibles de Québécois
dévoués et bien-pensants. Oublions cette fixation
de ne recourir qu’à l’inspiration de « tricotés
serrés » dont l’exquise prose, bien qu’elle
nous arracherait des larmes d’émotion, ne serait plus
représentative de notre spécificité nord-américaine,
mondialisée et multiethnique. Foin, dès lors, des
écrits lyriques d’un Boum Desjardins, des envolées
métaphoriques d’un Daniel Boucher, des scansions exaltées
d’un Éric Lapointe ou de la stylistique rutilante d’un
Luc Plamondon! Il nous faudrait recourir à une approche plus
globale où tous les Québécois, quelle que soit
leur origine – et même possiblement ceux qui sont de
vieille souche française – pourraient se retrouver.
Pourquoi ne pas demander à Corneille, par exemple, d’étaler
à la face du monde notre fierté de francophones en
terre d’Amérique? Ne pourrait-on pas demander ce service
à un Leonard Cohen ou à la fraîcheur enthousiaste
d’une Avril Lavigne? Nul doute qu’avec un tel nom, elle
saurait chanter mieux que quiconque le printemps d’un jeune
peuple comme le nôtre.
*
Hymne qu’on cours
Mais si la décision préfère s’orienter
vers le concept du concours, ne faudrait-il pas alors permettre
à l’ensemble de la population de se trouver engagée
dans le choix de son hymne national? Après tout, si elle
est appelée à l’entonner aussi bien qu’elle
le choisisse. Dans ce but, je suggère une démarche
très simple. Tout d’abord, il serait loisible d’organiser
une consultation populaire afin de demander à toute la population
si elle approuve une telle démarche. En lui présentant
une question claire et précise, on obtiendrait dès
lors un mandat formel de la part de toutes les Québécoises
et de tous les Québécois afin de procéder en
ce sens. Dans un deuxième temps, une offre de participation
serait alors envoyée à toutes les personnes, physiques
ou morales, qui désireraient soumettre leur œuvre. Cette
offre prendrait la forme d’un vaste chantier de consultation
populaire où des comités régionaux, en partenariat
avec le secteur privé, établiraient les bases de la
formation d’éventuels jurys de sélection. Une
fois les hymnes choisis selon le barème d’une œuvre
par région, elles seraient présentées au public
dans le cadre d’un spectacle à grand déploiement
présenté sur les plaines d’Abraham au moment
de la fête nationale. Par la suite, au terme de discussions
suivies au sein de forums régionaux, la population pourrait
enfin exprimer son choix dans le cadre d’une seconde consultation
publique, laquelle donnerait le mandat au gouvernement de procéder
avec le choix d’une commission parlementaire dont le rôle
consisterait à élaborer les critères de sélection
des membres du comité d’élection de la chanson
gagnante appelée à devenir le futur hymne national.
*
Hymne âgé
Cependant, comme il était mentionné plus haut, il
existe une autre voie afin de choisir cet hymne. En effet, plutôt
que de recourir à une création originale, n’existerait-il
pas déjà quelque musique digne de nous représenter
aux yeux de l’étranger? N’avons-nous pas souligné
à l’instant que notre terre est riche en compositeurs,
bardes, troubadours et autres ménestrels? Depuis toutes ces
décennies où a fleuri leur art, je suis sûr
qu’il a bien dû se produire une étincelle de
génie où leur musique nous a apporté cet air
qui, pour nous, est à la fois nostalgique et porteur d’avenir.
Les choix, d’ailleurs, ne manquent pas. Évidemment,
il faudrait éliminer les chansons à caractère
violent comme Chant d’un patriote de Félix
Leclerc ou Bozo les culottes de Raymond Lévesque.
De même faudrait-il écarter les chansons au contenu
trop exclusif, telles Mon pays de Gilles Vigneault ou Québécois
de La révolution française. Il faudrait recourir à
des œuvres plus signifiantes, qui ont, au fil des récentes
années, remporté l’adhésion d’une
majorité de la population ainsi qu’en témoignent
les chiffres de vente. Les exemples, bien entendu, ne manquent pas;
nous pourrions généreusement puiser à même
les interprétations d’une Céline Dion ou du
répertoire à fleur de peau d’une Lynda Lemay.
S’il m’était permis une modeste suggestion,
j’aimerais proposer Le
plus beau voyage de Claude Gauthier, mais on jugera peut-être
que ce titre, comme bien d’autres, présente un message
sous-jacent tendancieux, partisan et sectaire. On le sait, ce travers
n’est pas très répandu parmi les hymnes nationaux
qui sévissent encore aujourd’hui.
*
Hymne olé
Pour reprendre les cinq éléments essentiels qui cimentent
une nation, nous reviendrons peut-être plus tard, au sein
d’une autre rubrique, sur la question de la monnaie. Une chose
est sûre, lorsque le gouvernement fédéral décidera
d’occuper militairement notre territoire, en tout ou en partie
comme il avait l’intention de le faire au cas où le
dernier référendum avait donné la victoire
au Oui, un vigoureux hymne national suffirait certainement à
nous faire respecter tant au Canada que sur la scène internationale.
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