Vous pouvez participer
à CornedeBrume.com

Pour en savoir plus ›››

Vous voulez faire un commentaire sur l'actualité, vous avez un article à signaler ou un site Internet à suggérer?
Écrivez-nous

 


CornedeBrume.com
est hébergé par
VirusDesign.com,
le projet de réseau.
Pour en savoir plus ›››


Pour nous rejoindre
Contact@VirusDesign.com

 

Contribuez à soutenir le projet de réseau tout en étant resplendissant dans un de nos (magnifiques) t-shirts sérigraphiés (à la main et en petites séries).

Soyez le premier de votre groupe, de votre quartier, de votre ville, pays ou continent à porter un de nos t-shirts!

 


Combattez la novlangue!
Participez à notre dictionnaire maison.

Entrez ›››

 
Vie moderne


Le monde straight
par Luc Asselin


Il y a des gens qui sont straight.

Évidemment, les gens sont straight à divers degrés, mais mettons que le fait d’être straight constitue rarement leur côté le plus avenant. Tout bien considéré, le monde straight est plutôt ennuyant, règle générale. Je crois que bien peu d’entre nous connaissons du monde straight auprès de qui on se paie une pinte de bon sang à chaque rencontre.

Les gens straight sont straight, un point c’est tout!

Ce n’est peut-être pas de leur faute, mais ils sont straight et c’est aux autres de vivre avec cette condition, pour le meilleur et pour le pire.

D’ailleurs, c’est quoi, être straight? Ce ne sont pas les interprétations qui manquent. Mais, à vrai dire, il est toujours plus facile de donner des exemples, dans de tels cas, que de présenter une définition nette et concise. Cependant, au risque de me planter, je pense bien cerner les gens straight en les décrivant comme étant des individus qui font des choses straight, non pas par goût, mais parce que ce genre de geste est attendu d’eux en fonction des normes de comportement de la société où ils vivent.

Il me semble d’ailleurs que cette définition éclaire toute la problématique du monde straight d’un jour nouveau. Ou à tout le moins qu’elle apporte une nuance importante. Au fond, les gens straight, ça n’existe pas. Il y a des personnes qui font des choses straight et, en retour, ces gestes posés les identifient comme étant des gens straight.

Comment reconnaître les gens straight sans nécessairement se livrer à une analyse psychosociologique? C’est là où l’exemple l’emporte sur la définition, car, sur le plan de la reconnaissance sociale, il est plus facile d’identifier des schèmes de comportement que des schèmes de pensée.

Ainsi, les gens straight apprécient les jokes de Mario Jean, entre autres humoristes endurcis. Ils aiment échanger sur les différentes marques de filtres à piscine, un sujet à chlore. Ils appuient généralement et intégralement les politiques états-uniennes qui consistent à faire accepter, par la force et sans tolérer de rouspétance, les grands principes de liberté et de démocratie.

Le monde straight vote libéral sans poser de questions, y compris les pauvres. Car il existe des straight dans toutes les couches sociales; et bien souvent les plus straight sur le tas ne sont pas nécessairement les plus riches. Ça, d’ailleurs, on se demande toujours un peu pourquoi. Mais passons…

Les gens straight déplorent que l’économie s’essouffle et voudraient que les gouvernements – c’est-à-dire nous – volent à son secours à coups de subventions, « mais sans se mêler de la business ». En même temps, ils affirment que l’éducation, la santé et les mesures sociales sont des dépenses plus ou moins utiles, et qu’il faudrait par conséquent les réduire au minimum, afin de ne pas encourager la dépendance des gens à leur endroit.

Les gens straight se raccrochent bien souvent à des valeurs anciennes, pour ne pas dire surannées, au nom d’un passé idéalisé. Ils sont souvent nostalgiques et, par conséquent, ont une mémoire défaillante qui tend vers le rose à mesure que le temps passe.

Les gens straight aiment le mariage.

Or, se marier – à l’église de surcroît –, c’est presque le summum du straight. En fait, à peu près toutes les cérémonies religieuses sont straight; ce n’est pas étonnant, les Églises en général sont toutes très straight elles-mêmes. Mais se marier, c’est quelque chose de pas mal straight. Le genre grand mariage avec de beaux vêtement loués; bref tout le monde habillé comme les petites figurines fichées au sommet du gâteau de mariage qui est en lui-même la quintessence du straight, toutes catégories confondues. Je passe rapidement sur le « gling-gling » de la coutellerie contre les récipients ou du « clang-clang » des conserves évidées sur le macadam… J’évite de mentionner la jarretière et le bouquet, ou les autres trucs de circonstance. J’ignore la danse des mariés ou les tounes de la discothèque mobile (pardon, du « dîdjé »). Bref, tous les rituels reliés au mariage sont pas mal straight.

Finalement, être straight, c’est peut-être ça : un attachement exagéré envers le rituel, fût-il vidé de tout son sens. Ou une itération entêtée qui finit par perdre toute signification…

Mais cela demeure du domaine des conjectures. La seule certitude que nous ayons concernant le monde straight, c’est que les gens straight font des choses straight. Peut-être sans raison valable, sinon parce que « ça c’est toujours fait comme ça » et que les gens straight ne se posent jamais de questions sur la valeur intrinsèque des gestes qu’ils posent.

Le monde straight fait des affaires straight – comme se marier –, un point c’est tout!

Maintenant que j’y pense, on dirait qu’il y a beaucoup de monde straight chez les gays…

*

*

5 octobre 2004