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Bilan olympique

L’affiche officielle des Jeux olympiques d’Athènes


Athènes, Québec
par Luc Asselin

Maintenant que le souvenir des derniers Jeux olympiques n’en a plus que pour quelques jours avant de se dissiper définitivement, comme tous les souvenirs de semblables événements, le temps est venu de faire le bilan. Ce faisant, je n’ai pu m’empêcher de remarquer à quel point les parallèles entre le Québec et la Grèce sont nombreux.

La Grèce, comme le Québec, est un pays relativement peu peuplé; elle est entourée de nations qui parlent une autre langue que la sienne. La Grèce, comme le Québec, a été le point de départ de la civilisation occidentale sur son continent; la ville de Québec étant, n’est-ce pas, la plus vieille ville européenne en Amérique du Nord. La Grèce, comme le Québec, possède un drapeau bleu et blanc; elle a longtemps été en conflit avec un pays étranger ayant un drapeau rouge et blanc, la Turquie. La Grèce, comme le Québec, est un pays relativement peu industrialisé par rapport à ses principaux partenaires commerciaux; elle dépend davantage du secteur primaire de l’économie, dans son cas l’agriculture, plutôt que l’extraction des ressources naturelles comme ici. La Grèce, comme le Québec, souffre d’un endettement très élevé; sa balance commerciale demeure déficitaire depuis très longtemps.

Bref, est-il besoin de multiplier les ressemblances entre le Québec et la Grèce? Encore un, peut-être : la Grèce, comme le Québec, a été l’hôte des Olympiques; des Jeux qui ont vu leurs coûts grimper en flèche à cause d’une mauvaise administration, de la corruption et de conflits de travail. À tel point que l’on parle aujourd’hui de coûts totaux oscillant entre 9,6 milliards $ et 16 milliards $; les experts semblent s’entendre pour fixer l’estimation vers 11 milliards $.

Chers amis, tout au moins ceux qui étiez déjà de ce monde en 1976, savez-vous que, en tant que Québécois, vous ne vous êtes toujours pas acquittés de la dette olympique? Et quand je dis « Québécois », entendons-nous bien : si le Canada a joui du prestige des Olympiques de 1976, il n’a pas craché un sou pour en atténuer le fardeau. Eh oui, nous en sommes encore à rembourser cette bêtise due à la mégalomanie d’un seul homme. Nous nous serons acquittés de nos dettes en 2006, soit 30 ans après le défilé de clôture. En tout, stade mal construit et installations vétustes, reconverties ou démolies compris, la fête nous aura coûté 2,7 milliards $.

Ça m’a fait réfléchir.

S’il faut 30 ans à environ 6 millions de personnes pour rembourser 2,7 milliards $, combien de temps faudra-t-il à environ 11 millions de personnes (la population de la Grèce) pour rembourser 11 milliards $ (avec les intérêts et les coûts cachés, ce sera probablement plus près de 15 milliards $, mais bon…)?

Règle de trois en main, je m’applique et j’obtiens le chiffre magique de 66,6 ans. Ne soyons pas chiches et mettons 67; ici, mieux vaut trop que pas assez.

Bref, les Grecs, afin de payer pour leurs deux semaines de party, resteront endettés pendant trois générations. Autrement dit, il y aura 17 Jeux olympiques qui vont être présentés avant qu’ils sortent du rouge. Nous, « seulement » sept, si tout se passe bien.

Mais n’oublions pas un détail important. Selon quantité d’économistes, la dette olympique risque d’alourdir tellement les finances du pays que certains prévoient que l’endettement national représentera 100 % du PNB de la Grèce. Espérons que rien ne va casser pendant les prochaines décennies là-bas, sinon ils n’auront pas les moyens de le remplacer.

À propos, qu’arrive-t-il aux pays dont l’endettement est écrasant? Pas de problème : le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et l’Organisation mondiale du commerce (cette dernière étant un organisme de l’ONU, on l’oublie trop souvent) vont s’abattre sur le pays afin « d’assainir ses finances ». Gageons que le peuple Grec n’est pas à la veille de se relever de cette médecine de cheval.

C’est à se demander si l’olympisme ne sert pas seulement, en définitive, que comme outil de sujétion.

Citius, Altius, Fortius. En trois mots, c’est la devise olympique : « Plus vite, plus haut, plus fort. » Faudrait pas oublier le quatrième : Fortunatus

*

 

1er septembre 2004