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Coup de moppe


Bonne nuit, et bonne chance

par Normand Bastien


Si la sortie du manifeste pour un Québec lucide nous a permis d’entendre des opinions intéressantes, la diffusion récente du manifeste pour un Québec solidaire s’annonce très prometteuse.

Dans La Presse de ce matin, l’éditorialiste Alain Dubuc, qui atteint ici un sommet personnel de condescendance, nous dit d’emblée saluer cette initiative. Selon lui, ce dernier manifeste «s’inscrit dans une démarche qui enrichit le débat public et surtout, il propose des idées et exprime des sensibilités essentielles pour enrichir et façonner tout projet collectif au Québec».

Il nous explique ensuite l’enjeu du débat. Il y aurait d’un côté les «économiques» (aussi appelés Lucides), qui veulent créer la richesse, et de l’autre, les «sociaux» (aussi appelés Solidaires), qui veulent distribuer la richesse. Un faux débat donc, puisqu’il faut d’abord créer la richesse avant de pouvoir la distribuer. Et un (faux) débat fort inégal en plus...

«D’abord les forces en présence n’ont pas le même poids. M. Bouchard et ses acolytes, essentiellement centristes, proposent une vision très majoritaire dans laquelle se reconnaissent à des degrés divers les libéraux, les adéquistes et une bonne partie des électeurs péquistes. Mme David et ses cosignataires appartiennent à un courant très minoritaire, même marginal, à gauche de la gauche, anticapitaliste, qui n’est au pouvoir nulle part, sauf peut-être au Venezuela.

Ensuite en raison du rôle de chacun. Dans cette souhaitable complémentarité, ce sont les économiques qui décrivent les menaces, qui trouvent les solutions, souvent impopulaires, ce sont les sociaux qui empêchent les dérives, qui alertent sur des réalités qu’une logique économique a tendance à oublier, qui contribuent à ce que les réformes soient équitables, que les sacrifices et les bénéfices soient équitablement repartis, que les potentielles victimes soient protégées. Les économiques sont en quelque sorte les concierges de la société, qui font le ménage, tandis que les sociaux, dans leur rôle de bonne conscience de la société, ne se saliront jamais les mains.»

Voici donc comment fonctionne la société.

Merci Monsieur Dubuc!

Bien sûr, on pourra se dire qu’il s’agit là d’un éditorial de La Presse, un journal dont personne n’ignore le parti pris idéologique. Gageons qu’il en serait autrement au Devoir, un journal que plusieurs associent aux intellectuels et à la gauche. Non?

Pas vraiment. Voici ce qu’en disait Jean-Robert Sansfaçon dans son éditorial de vendredi.

«Ne nous y trompons pas: si la répartition de la richesse permet de réduire l'écart entre les classes, elle ne constitue certainement pas le moteur de création de la richesse. Ce qui crée cette richesse, c'est la formation d'entreprises productrices de biens et de services, point. Ceux qui s'imaginent que le Québec remportera cette impitoyable course mondiale aux investissements en augmentant les impôts des entreprises et de la main-d'œuvre spécialisée sont des imposteurs intellectuels.»

Ben voilà. Des imposteurs intellectuels. Rien de moins. Tiens, je me demande si en Iran on se fait tuer quand on est accusé d’imposture intellectuelle?

En tout cas, j’espère que monsieur Sansfaçon a lu monsieur Dubuc ce matin. Et j’espère que ça l’aura rassuré lui aussi.

Car pour ma part, ce débat aura eu raison de mes derniers doutes. Maintenant, je partage entièrement l’avis de monsieur Dubuc. Il n’y a aucune chance qu’un courant très minoritaire, même marginal, à gauche de la gauche, puisse freiner cette impitoyable course, surtout si elle reçoit le soutient de la vaste majorité, essentiellement centriste.

Tout est donc pour le mieux. Les concierges veillent sur nous.

Bonne nuit, et bonne chance.

*

5 novembre 2005