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Débat n’est pas combat


Youpelaille !
(2e partie)

par Normand Bastien

Point de rupture et le débat des candidats à la chefferie du Parti québécois à l’émission Le Point

*

Le hasard fait bien les choses disent certains. D’autres croient plutôt que le hasard n’existe pas. Dans le cas qui nous concerne, soit la diffusion de deux «émissions-chocs» sur le référendum de 1995, suivie du premier débat télévisé des candidats à la succession de Bernard Landry, on peut imaginer que Radio-Canada n’avait rien laissé au hasard.

À l’approche du dixième anniversaire du second référendum sur la souveraineté, le moment était bien choisi, et le prétexte – la diffusion de Point de rupture –, idéal pour lancer une invitation à quelques-uns des trop nombreux candidats, semble-t-il. Louis Bernard, André Boisclair, Richard Legendre et Pauline Marois ont eu ce privilège.

Quoique, privilège, c’est vite dit. Bien sûr, quand on est en campagne électorale, toute visibilité est bienvenue. Mais ce qui rend ce type de débat différent – et dangereux –, c’est qu’il oppose des alliés. Ce qui limite la possibilité de ridiculiser son adversaire, surtout si celui-ci trône en tête des sondages et possède toutes les chances d’être le prochain chef.

De plus, selon les règles du Parti québécois, le futur chef est tenu d’appliquer le programme tel qu’il a été adopté par ses membres au terme de la Saison des idées. Ce qui limite aussi, en principe, la possibilité de se distinguer de ses concurrents, sinon par son enthousiasme, sa détermination ou son expérience, quand ce n’est par une dentition irréprochable, une intelligence supérieure supra-rationnelle et une modestie d’une profondeur insondable.

Pendant le débat, en passant, André Boisclair se définit, advenant son élection, comme étant le «fiduciaire» de la souveraineté du Québec et non son propriétaire.

Fiduciaire est un mot fétiche qu’affectionne particulièrement notre diplômé de Harvard favori. Une vérification dans notre fidèle dictionnaire Antidote nous ramène à notre proposition de départ selon laquelle il n’y a pas de hasard.

Fiduciaire : nom. [ÉCONOMIE] établissement qui effectue des travaux comptables, juridiques, fiscaux, d’organisation, d’expertise, etc., pour le compte des sociétés privées.

*

Bref, les cafouillages du premier débat étaient assez prévisibles. Tellement prévisibles, en fait, que cette programmation prenait des airs de peloton d’exécution.

Surtout après avoir visionné la deuxième partie d’un reportage monté comme un épisode de Survivor, juste assez tendancieux pour passer comme dans du beurre chez les Québécois parce qu’on y aura vu Parizeau brailler et Bouchard boiter, tout en respectant parfaitement le mandat de la télévision d’État, soit la promotion de l’unité canadienne, A Mari usque ad Mare. (État de fait géographique qui, soit dit en passant, ne changerait pas advenant l’indépendance du Québec, sinon d’un point de vue sémantique. À moins que l’Ouest se sépare lui aussi, bien entendu.)

À part les magnifiques vues aériennes de Québec, Montréal et Ottawa, on retiendra surtout l’absence de Lucien Bouchard, le seul grand acteur de cet épisode historique à n’avoir daigné apporter ses commentaires a posteriori, alors qu’il n’est même pas mort! Encore que, compte tenu de la façon dont il s’était lavé les mains en quittant le Parti québécois, on pourrait se laisser aller à imaginer qu’il en est venu à regretter ses excès de langage de l’époque. Avec un brin de malice, on pourrait même s’imaginer qu’il a maintenant un peu honte de toute cette histoire...

On retiendra aussi l’emphase mise sur les déclarations de Jacques Parizeau, tout de suite après l’annonce des résultats, lorsqu’il fut question de «nous», d’argent et de votes ethniques. Images-chocs: une série de gros plans sur les visages défaits de militants péquistes issus de minorités visibles. Ben quoi? Évidemment qu’ils ont l’air bouleversés, ils viennent de perdre le référendum! Car rien ne nous assure que ces images nous sont montrées dans l’ordre chronologique. Mais il faut ce qu’il faut, l’essentiel étant de nous faire comprendre que monsieur Parizeau n’est au fond qu’un vil raciste. De nos jours, on dirait plutôt qu’il est affligé de racisme primaire. Ça sonne plus épais et ça distrait du fait que le raccourci est toujours aussi grossier et malhonnête.

Bon, il est vrai que ces déclarations improvisées à chaud avaient fait scandale à l’époque. Sauf que dix ans plus tard, on aurait pu s’attendre à davantage de recul. D’autant plus qu’on sait depuis que les accusations concernant «l’argent et les votes ethniques» étaient largement fondées.


En juillet 2002, lors d’un témoignage à huis clos devant le comité fédéral des Comptes publics qui se penche sur le programme des commandites, Charles Guité a dit avoir dépensé huit millions de dollars lors du référendum de 1995 afin de louer, au nom d’Ottawa, tous les panneaux publicitaires extérieurs disponibles au Québec, et ce, à l’insu du conseil des ministres. Les comités du OUI et du NON ne devaient pourtant pas dépenser plus de 5 086 980 $ chacun en vertu de la loi (un dollar par électeur).

Tommy Chouinard, Le Devoir, 7 avril 2004


En avril 2005, l’ancien directeur général du Parti libéral du Canada au Québec, Benoît Corbeil, a reconnu devant la Commission Gomery que Jacques Parizeau avait eu raison en attribuant l’échec du référendum à l’argent et aux votes ethniques.

«C’est clair que la stratégie (du Parti libéral), c’était de faire sortir le vote ethnique au maximum. Si nous avions gagné par 300 000 électeurs, j’aurais dit non (c’est-à-dire que M. Parizeau n’avait pas raison). Mais lorsqu’on regarde les résultats du référendum, la réponse est oui.»

Les forces du NON ont gagné le référendum par un peu plus de 50 000 voix (50,6 % du total). M. Corbeil était déjà actif au sein du Parti libéral du Canada au Québec (PLC-Q). Il dit qu’il a pu voir, de proche, comment le bureau du premier ministre Jean Chrétien a agi pour le gagner.

«Il y a eu une accélération du processus menant à la citoyenneté de milliers d’immigrants au Québec, dit-il. Ce n’était pas difficile: plusieurs commissaires à l’immigration étaient liés au parti. Jean Chrétien a fait un discours à la nation, un en français et un autre en anglais, qui n’était pas identique et qui contenait un message particulier pour les groupes ethniques.»

André Noël et Vincent Marissal, La Presse, 21 avril 2005


Selon les statistiques compilées par les analystes de Citoyenneté et immigration Canada, le nombre d’attributions de la citoyenneté au Québec est soudainement passé de 23 799 en 1993 à 43 855 en 1995, soit un taux d’augmentation de 87 % en deux ans.

Au cours de la seule année référendaire de 1995, Ottawa a donc attribué des certificats de citoyenneté à 43 855 nouveaux Québécois. Pour le seul mois d’octobre, 11 429 certificats ont été émis, soit le quart de la totalité des attributions de l’année.

Pierre O’Neill, Le Devoir, 8 novembre 1999

*

Ce n’est qu’un début, continuons le... débat

Nous verrons comment nos mêmes quatre candidats se débrouilleront lors du prochain débat télévisé, le vendredi 16 septembre à Il va y avoir du sport, l’émission animée par Marie-France Bazzo.

Si vous avez manqué le premier débat, vous pouvez le voir sur le site de Radio-Canada. Cliquez sur le 8 septembre dans le calendrier. Le débat commence à la moitié de l’émission (31:06).

Frissons garantis!
Remarquez à quel point la gestuelle d’André Boisclair rappelle celle de Brian Mulroney!

*

Pendant ce temps,
au congrès des jeunes libéraux

Coup de théâtre

André Boisclair reçoit le soutien moral de Pierre Pettigrew!

Pendant un discours enflammé prononcé devant les jeunes libéraux réunis en congrès à Trois-Rivières, Pierre Pettigrew s’en est pris aux purs et durs, les intégristes du Parti québécois.

«Je vous dis qu’il y a des intégristes au PQ, des purs et durs, qui ont eu la tête de Landry, qui ont essayé d’avoir celle de la gouverneure générale Michaëlle Jean et qui sont des intolérants, a soutenu le ministre libéral. Je ne dis pas qu’ils le sont tous, d’ailleurs plusieurs d’entre eux adoptent notre discours maintenant sur les communautés culturelles.»

Isabelle Rodrigue, PC, Cyberpresse, 10 septembre 2005

Il a prédit des heures difficiles à André Boisclair s’il devient chef du parti, même s’il prêche la tolérance et l’ouverture.

«L’ouverture aux communautés culturelles, le droit à la différence, l’ouverture à la diversité. Pensez-vous vraiment que les purs et durs vont embarquer là-dedans? (...) Ils ont passé 20 ans à condamner le multiculturalisme» a-t-il déclaré aux militants libéraux.

Joël-Denis Bellavance, La Presse, 11 septembre 2005


Bien sûr, l’occasion était trop belle pour s’en priver. Et le subtil Pierre Pettigrew ne fait qu’ouvrir les hostilités. Car la course à la chefferie du PQ ne manquera pas de créer des divergences au sein du parti, sinon d’en souligner les lignes de fracture. Alors, pourquoi ne pas en profiter pour jeter de l’huile sur le feu. Plus le Parti québécois sera divisé, mieux ce sera pour les libéraux.

*

Allo, chéri?

Chantal Renaud aurait pu tout changer

Chantal Renaud n’a pu parler à Bernard Landry dans l’heure qui a précédé sa démission surprise du Parti québécois, le soir du 4 juin. Elle tenait pourtant à ce qu’il reste. Et si elle avait pu le faire, le destin aurait pu basculer, admet aujourd’hui M. Landry.

Si elle avait pu lui dire de demeurer en poste, «j’aurais pu prendre la nuit pour réfléchir», a reconnu M. Landry en entrevue à l’animateur Claude Charron, dans une émission diffusée mardi soir à TVA, Charron rencontre Landry.

Lia Lévesque, PC, Cyberpresse, 7 septembre 2005

*

11 septembre 2005