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Urbi et Orbi

Trépas papal et payola
par Normand Bastien

Le pape trépasse et je zappe.

*

Zappe le pape

Ça devient franchement compliqué.

Si j’ai bien compris: Jean Chrétien voulait sauver le Canada. Il a donné de l’argent à son ambassadeur au Danemark pour qu’il l’expédie via Postes Canada à un cowboy nommé Chuck qui l’a refilé à son tour à une agence de marketing qui emploie le personnel du Parti libéral, mais qui appartient à un souverainiste de la Rive-Sud. Après avoir payé pour les photocopies des Minutes du patrimoine de VIA Rail Canada, pour les drapeaux, les cravates et les balles de golf, on a donné le reste de l’argent, moins la commission d’agence, aux deux partis libéraux et un peu au Parti Québécois, pour ne pas faire de jaloux...

Bon.

Mais que viennent faire le pape et le prince Charles là-dedans?

*

L'Église cathodique en berne

Ah oui, ça me revient, le pape est mort. Dieu ait son âme, c’est bien le moins.

À la télé, c’était beau et triste. On voyait de grands bancs de vautours qui tournoyaient dans le ciel chagrin de la cité éternelle.

C’est ce qui est bien avec la télé, on ne rate pas grand-chose. Les journalistes étaient campés sur place avant la mort du souverain pontife, prêts à suivre son agonie en direct pendant un bon deux semaines, au pire trois. Mais ça s’est passé plus vite que prévu. Et ensuite, ça a déboulé rondement. On n’a pas vu la semaine passer.

Faut dire qu’au niveau de la production, le Vatican, c’est autre chose. Même le Cirque du Soleil, c’est du vin de messe à côté.

Puis ce fut l’apothéose, les funérailles papales planétaires. Live.

C’était si énorme que ça en devenait étrange. Comme si en plus du pape, tous ces maîtres du monde réunis pleuraient aussi la fin d’une époque, la fin d’un monde.

Gageons que le conclave saura en tenir compte. Si, en plus d’être très conservateur, le prochain pape pouvait, je ne sais pas moi, danser la claquette ou faire du stand-up, par exemple, l’espoir mondial pourrait renaître dans l’allégresse et la plénitude, le sourire retrouvé.

*

Deux funérailles et un mariage

Pauvre prince Charles. Lui qui a été obligé de reporter son mariage parce qu’il coïncidait avec les funérailles du pape. Espérons qu’il n’ait pas en plus à modifier ses plans de voyage de noces pour assister aux funérailles de son collègue, le prince Rainier.

Heureusement, le malheur des uns fait le bonheur des autres. À l’annonce du changement de la date du mariage, l’industrie de la babiole commémorative britannique a d’abord été prise de panique. Il fallait tout refaire avec la nouvelle date au plus vite. Et que faire de tout le matériel déjà produit et affichant désormais une date erronée? Le désarroi a rapidement cédé place à l’étonnement quand on a vu que les consommateurs, toujours aussi futés, étaient prêts à payer plus cher pour les versions fautives que pour les versions corrigées. Merci eBay!

Pour en revenir au mariage comme tel, ce qu’il faut en retenir, c’est que l’amour triomphe toujours. Quitte à le mettre en veilleuse le temps d’assurer une descendance photogénique.

*

Funérailles planétaires ou funérailles de la planète?

Pendant que le monde entier se pressait au chevet du Saint-Père, le plus récent bulletin de santé de notre mère à tous, la Terre, est passé relativement inaperçu.

Il faut dire que pour le spectateur occidental distrait, les résultats de l’étude semblent étrangement familiers. Ici, au Québec, on croirait entendre Jean Charest quand le Conseil de Direction de l’Évaluation des Écosystèmes pour le Millénaire nous dit que «nous vivons au dessus de nos moyens».

L’autre jour, au cours d’une table ronde radiophonique sur la droite au Québec, à l’émission Indicatif Présent, Mathieu Bock-Côté, étudiant, membre et fondateur du Cercle Raymond Aron, un groupe de réflexion conservateur, exprimait sa stupéfaction d’entendre Steven Guilbault, de Greenpeace, proposer la voie de la décroissance. C’était pour lui la chose la plus absurde qui soit.

Ça doit être parce qu’il est croyant. Sinon, comment peut-on espérer s’en sauver tout en appuyant la croissance continue dans un monde fini, au propre et bientôt au figuré?

*

Le rapport du Conseil de Direction de l’Évaluation des Écosystèmes pour le Millénaire

La planète n'a plus les moyens
Sylvie Briet, Libération, 31 mars 2005

L’épuisement de la nature menace le progrès
Hervé Kempf et Philippe Pons, Le Monde, 31 mars 2005

Two-thirds of world's resources 'used up'
Tim Radford, The Guardian, March 30, 2005

*

«L’argent sale n’est pas dans les livres du parti».

Jean-C. Lapierre, député fédéral d’Outremont et ministre des Transports du Canada

*

Pauvre Canada

À en juger par l’actualité, il semblerait finalement que la troisième révélation de la vierge Marie à Fatima concernait bel et bien le Canada.

Ce matin, dans La Presse, Alain Dubuc nous faisait part de ses craintes de voir le Canada fragilisé par les retombées du scandale des commandites. Dans un texte intitulé «Les ripoux de l’unité», il écrit que «le Canada est probablement dans la situation la plus précaire qu’il a connue depuis des décennies, et que le courant souverainiste dispose du meilleur rapport de forces qu’il n’ait jamais connu pour un référendum».

«On ne dira jamais assez à quel point l’idée du programme des commandites était bête. L’idée de sauver le pays à coups d’opérations de visibilité trahissait une vision simpliste du Canada et une incompréhension troublante du malaise québécois. Ce qui est encore plus impardonnable, c’est que cette mission, en principe noble, ait été pervertie.»

Quoi? Comment? Où ça une mission noble?

Sans même parler du magouillage mis en lumière par la commission Gomery, la simple utilisation de fonds publics pour financer une campagne de propagande contre un projet politique démocratique et légitime est méprisante et antidémocratique.

Ce qui me rappelle, allez savoir pourquoi, le numéro du «plombier», exécuté avec brio par Jean Chrétien devant la commission Gomery. Dans ce scénario, quand le toit de sa maison coule, on appelle le plombier, même si on n’a pas d’argent. On n’a pas le choix. On répare d’abord et on voit ensuite. Or, le Canada avait le toit qui coulait...

Avec ce qu’on sait maintenant, on comprend qu’il voulait dire que seul le Parti libéral pouvait sauver le Canada de l’éclatement, les conservateurs ne tenant pas tant que ça au Québec... Sauf que le parti manquait de fonds pour payer le plombier et que le toit continuait de couler. Que voulez-vous? On ne fait pas toujours ce qu’on veut dans la vie.

Malheureusement, le remède était pire que le mal. Il semble que le toit soit maintenant défoncé et près de l’effondrement, selon Alain Dubuc, qui se livre pour notre plus grand plaisir à un exercice de politique-fiction pas piqué des vers.

En résumé, les révélations de la commission Gomery font tomber le gouvernement. Nouvelles élections. Le Bloc emporte le Québec et le Canada se retrouve avec un nouveau gouvernement minoritaire paralysé. Au Québec, Jean Charest est bouté hors de l’Assemblée nationale aux prochaines élections, laissant la place à Gilles Duceppe, maintenant au PQ, qui devient le premier ministre du Référendum gagnant.

Wow! Que ce soit avec Bernard Landry ou avec Gilles Duceppe, c’est pareil, j’aime son histoire. Surtout la fin.

*

My name is Brault, Jean Brault

Si vous aimez les histoires de politique-fiction, permettez-moi de vous en servir une de mon cru.

Il était une fois un souverainiste de la Rive-Sud de Montréal. Plutôt beau bonhomme et très soigné de sa personne, il inspirait la rigueur et la volonté franche de ces personnages au caractère d’acier que l’on voit d’ordinaire au cinéma. Son charisme, et surtout sa discrétion, ont tôt fait d’attirer sur lui l’attention des forces obscures des milieux autonomistes.

C’est ainsi que Jean Brault devint agent secret pour le compte de la future République du Québec, dont le siège social est pour l’instant à Brossard, anonymat oblige.

Sa mission? Selon les mots de sa supérieure, dont il ignore toujours l’identité, Jean Brault devait, par tous les moyens possibles, chercher à «brasser de la marde» au Parti libéral du Canada, affaiblissant ainsi le ciment constitutionnel qui entrave l’avènement de la République.

Mission accomplie, agent Brault!

Le reste de l’histoire est semblable à celle d’Alain Dubuc.

Surtout la fin.

*

9 avril 2005