
Heureux d’un printemps
par Normand Bastien
Prenez un pays, arrosez-le de bombes et voyez la démocratie
fleurir. Méchant fumier!
*
Deux ans après le lancement de l’opération
Freedom Iraq, on ne peut qu’admirer la façon
dont les États-Unis de George
W. Bush ont réussi, contre vents et marées, à
persuader une partie importante de l’opinion publique a priori
récalcitrante au bien-fondé de l’entreprise.
La question de la légitimité de la guerre est enterrée
depuis longtemps. Les armes de destruction massive étaient
un prétexte commode, tout le monde en convient, l’essentiel
étant d’avoir libéré l’Irak du
joug d’un despote cruel et néanmoins moustachu.

Quant aux terroristes, la guerre en Irak aura fourni un terrain
tout désigné pour les affronter. Pendant qu’Al-Qaida
doit concentrer ses ressources en Irak, elle risque moins d’être
active ailleurs. De toute façon, le terrorisme islamique
ne perd rien pour attendre, car la naissance du Grand
Moyen-Orient démocratique lui sera fatale.
Maintenant que le Printemps
arabe est arrivé, il faudrait vraiment être de
mauvaise foi pour oser critiquer cette guerre qu’on disait
modestement préventive, alors qu’on devrait plutôt
la qualifier, n’ayons pas peur des mots, de visionnaire.

Et ce n’est pas ce
reportage de la BBC qui y changera quelque chose. On y démontre
que le plan pour l’invasion de l’Irak datait d’avant
les attentats du 11 septembre 2001. Mais on en déduira simplement
que le président savait ce qu’il avait à faire
depuis le début.
On y apprend aussi que l’administration américaine
a dû modifier son plan à quelques reprises et que c’est
le lobby pétrolier qui a eu raison des néoconservateurs.
Au moment de l’invasion, ces derniers voulaient d’abord
privatiser la production pétrolière irakienne, pour
ensuite l’augmenter au point de détruire le cartel
de l’OPEC. Le pragmatisme des grandes sociétés
pétrolières, qui s’accommodent très bien
de l’augmentation des cours du brut, aura finalement prévalu
et il n’y aura pas de privatisation. Mais ça ne vaut
que pour le pétrole, car pour le reste, l’Irak libre
sera un modèle d’économie néolibérale.
*

L’abandon du plan de privatisation du pétrole pourrait
avoir d’autres répercussions. D’autant plus que
le favori de la Maison Blanche, Iyad
Allaoui, a été désavoué par les
électeurs irakiens, ce qui serait venu compliquer la mise
en application du plan.
On peut imaginer qu’il sera plus facile de s’entendre
avec un éventuel gouvernement irakien autonome maintenant
que cette épineuse question est réglée. Même
les insurgés doivent s’en réjouir du fond de
leurs poches de résistance, bien qu’ils y perdent un
argument incontestable.
En plein le bon moment pour appliquer ce
plan de sortie qui propose l’amnistie aux insurgés
qui rendraient les armes en échange du retrait des troupes
et de la fin de l’occupation. Mais le président ne
veut rien entendre. Les insurgés sont des terroristes et
vous savez ce qu’il en pense.
Aussi à noter, le 26 janvier dernier, des membres de la
Chambre
des représentants des États-Unis ont présenté
une résolution demandant au gouvernement de préparer
un plan pour le retrait immédiat des troupes.
Bon, d’accord, on en parlait déjà l’an
dernier...

N’empêche. Si on tient à être optimiste,
et que, naturellement, on veuille mettre cet optimisme à
profit, il y a peut-être lieu d’investir quelque espoir
dans un retrait anticipé des troupes pendant que l’intérêt
est au plus bas, qui sait ce que ça pourrait rapporter?
Surtout que ça permettrait à tous ces vaillants soldats
d’aller continuer ailleurs leur beau travail de démocratisation.
Parce que c’est pas tout, l’Irak. Il y en a d’autres.
Et certains qui n’attendent que ça. Déjà,
l’Iran s’impatiente...
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Le Canada dit non
au bouclier antimissile
Apparemment, il n’y a pas que nos voisins du sud qui possèdent
l’art de la communication.
Le Canada a réussi à conserver son image de neutralité
et de nation pacifiste
en déclarant à la face du monde son refus
du bouclier antimissile et de la militarisation de l’espace.
La face du monde a fait semblant d’y croire et tout le monde
était content. Mais comment expliquer qu’on y croit
aussi fort ici même, au pays des commandites?
Tout simplement parce qu’on préfère y croire,
parce que ça correspond à l’image que l’on
a de nous. Et ce n’est pas mauvais d’avoir une bonne
image de soi. Loin de là.
Sauf que la vie est plus compliquée. Mais ça, heureusement,
les gouvernements le comprennent. C’est pourquoi, tout en
préservant notre image, le Canada et les États-Unis
se sont engagés dans un processus d’intégration
des forces armées sous l’égide du Commandement
Nord américain (Northcom).
Ce qui fait que pour le bouclier ou pour toute autre chose, comme
dirait Frank
McKenna: «On est dedans».
Et pour qu’on le soit encore plus, le Canada a consenti 12,8 milliards
$ d’augmentation au budget militaire. Tout ça dans
le but de multiplier nos missions de paix, bien entendu.
Surtout que maintenant, on a la preuve que la guerre, c’est
la paix.
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