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À bas les syndicats!

Viva Wal-Mart!
par Normand Bastien

Enfin. Voilà une compagnie qui sait mettre ses culottes. Culottes qui lui font une belle jambe, mais qui ne lui ont sûrement pas coûté un bras. Je gagerais qu’il s’agit de pantalons sortis tout droit de la nouvelle collection George (George W Mart?) qu’on annonce à répétition sur le décerveleur (la tévé, le shitbox).

Wal-Mart, donc, qui ne plie pas devant le syndicat et donne l’exemple encore une fois.

Oui, encore une fois. Car Wal-Mart, ce gentil géant, est un exemple à suivre, un modèle pour tous, une lumière qui éclaire notre route et nous révèle notre destin en grosses lettres de néon.

*

À l’heure où le Québec est en panne de modèle, le québécois étant brisé et impossible à réparer semble-t-il, du fait d’un déficit avéré de bébés, multiplié par un surplus anticipé de pépés, qui n’ont d’ailleurs rien à voir avec les PPP, ils ont bien assez de leurs problèmes de CHSLD que vous seriez gentils de ne pas les embêter avec vos jeux de mots, merci.

Certains proposent le modèle irlandais, d’autres soupèsent les mérites du modèle suédois... Quelle pitié! Toutes ces études pour rien, alors que le modèle idéal était là devant nous depuis le début: le modèle Wal-Mart.

Bien sûr, maintenant que je vous l’ai dit, ça paraît évident.

Quand même, imaginez le CHUM sur le modèle Wal-Mart. Remplacez les paniers par des civières et emmenez-en des malades! Ou encore, imaginez la SAQ sur le modèle Wal-Mart... Un rêve!

La Société des Alcools qui, à propos, se relève tout juste d’une rude lutte syndicale. Bien qu’elle n’ait pu bénéficier de la même liberté de mouvement que Wal-Mart, du fait de sa regrettable appartenance à l’État, la SAQ a néanmoins pu compter sur l’appui infaillible de sa clientèle qui, souvent au risque de sa propre sécurité physique, n’a pas hésité à braver les fiers-à-bras du syndicat en franchissant les lignes de piquetage sous les quolibets parfois cruels des grévistes.

Le simple fait que la SAQ ait réussi à réaliser 85% de son chiffre d’affaires habituel au plus fort du conflit prouve hors de tout doute que le mot solidarité a encore un sens au Québec.

En plus d’être un formidable cri du coeur en faveur de la SAQ de la part des consommateurs, tous les Québécois et Québécoises qui se sont exprimés aux différents médias – qui étaient de tous les affrontements pour documenter cette lutte épique des consommateurs pour la liberté d’accès aux marchandises – ont profité de cette tribune impromptue pour envoyer un message clair aux autorités.

En gros, les Québécois sont d’accord sur le fait que tous ces gens-là, qui nous vendent toutes ces choses, devraient être non syndiqués, travailler jusqu’à neuf heures et être payés au strict minimum, du moment que ces économies font que toutes ces choses nous coûtent moins cher.

À la lueur de ces informations inestimables, Wal-Mart, dont la philosophie semble calquée sur ces voeux populaires, s’impose avec encore plus de force comme étant le modèle idéal pour le Québec.

De plus, malgré toute sa grandeur et sa puissance, Wal-Mart est une compagnie qui a du coeur, une qualité essentielle aux yeux des Québécois. La preuve: elle considère si hautement ses employés qu’elle en fait ses associés! 1.4 million d’associés qui sont appréciés chacun à sa juste valeur grâce à une structure hiérarchique finement élaborée et longuement mise au point. Wal-Mart est aussi une entreprise qui a le sens sacré du rituel. À chaque matin, ses associés se rassemblent pour se livrer à quelques exercices de réchauffement, pour finir en entonnant en choeur la chanson de la compagnie. Quelle meilleure façon de motiver l’esprit de corps tout en se préparant à affronter les hordes de clients?

Mais Wal-Mart va plus loin. Non seulement économise-t-elle au maximum sur les conditions de travail et les salaires de ses associés, de façon à pouvoir offrir «les prix les plus bas, tous les jours», elle stimule également la compétitivité de toute l’économie environnante. Ses fournisseurs locaux devront affronter rien moins que la Chine! Juste là, vous avez un formidable moteur pour l’innovation! Et ce n’est encore rien, comparé au défi tonifiant qui est lancé aux détaillants des alentours...

Non, vraiment, ce dont le Québec a besoin c’est de plus de Wal-Mart et moins de syndicats.

Bernard Landry a beau dire qu’il ne franchira plus les portes d’un Wal-Mart à cause de l’attitude antisyndicale de la chaîne américaine, il ne réussit qu’à nous faire sourire en imaginant qu’il y ait un jour mis les pieds...

Comme d’habitude, il n’y a guère que Mario Dumont qui ait réagi rationnellement à l’annonce de la fermeture de la succursale de Jonquière en disant qu’elle était «la conséquence inévitable de la liberté de commerce».

Et la liberté, on ne niaise pas avec ça.

*

Il est temps de propager le modèle Wal-Mart à la grandeur du Québec, sinon à toute la planète... Il faut ouvrir le plus de Wal-Mart possible et surtout, bien les protéger des syndicats et autres terroristes qui refusent obstinément de voir la réalité en face, et encore moins d’envisager l’avenir.

Car avant longtemps, si la tendance vers le salaire minimum se maintient, les Québécois et les Québécoises n’auront d’autre choix que de magasiner chez Wal-Mart.

*



12 février 2005