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Élections américaines

Ça y est, nous y voilà. L’heure de vérité va bientôt sonner.

Bon, peut-être pas bientôt, s’il faut encore laisser le temps aux tribunaux de trancher... Les Américains devraient se doter d’un système de vote fiable, comme en Afghanistan par exemple! Déjà, des dizaines de milliers de bulletins de vote ont disparu en Floride.

Ce n’est qu’un des nombreux rebondissements qui ne manqueront pas de marquer cette élection historique. Car même si la position des candidats sur les questions internationales est plus proche qu’on ne le souhaiterait, le résultat de cette élection n’en demeure pas moins crucial, ne serait-ce que pour le message qu’il enverra au reste du monde.

On peut craindre que la réélection de George W. Bush ne soit mal interprétée dans plusieurs régions du globe. Et sans égard à l’Irak, la seule question du bouclier antimissile pourrait nous valoir une nouvelle course aux armements.

À l’inverse, les sondages récents, et en particulier celui qu’a eu la bonne idée d’initier La Presse, nous démontrent que l’élection de John Kerry provoquerait un grand soupir de soulagement à l’échelle de la planète.

Le monde pourrait enfin relaxer un peu, rassuré de voir les Américains recouvrer leurs sens. Après tout, Bush n’avait pas vraiment été élu, non? On pourrait croire à une erreur de parcours, ou à une simple erreur de timing. Le coup classique de la mauvaise personne au mauvais endroit et au mauvais moment...

On pourrait même, à la limite et avec beaucoup de bonne volonté, croire que le plan de Kerry pour sortir d’Irak pourrait fonctionner. Est-il possible d’imaginer la création d’une vraie coalition internationale à l’appel du nouveau président? Oui, à condition que les États-Unis consentent à un véritable transfert des pouvoirs aux Irakiens. À condition qu’ils renoncent à leur mainmise sur le pétrole et l’économie, et qu’ils jettent aux oubliettes le Projet pour un nouveau siècle américain. Ça fait beaucoup.

Peut-on réellement croire que Kerry veuille ou puisse le faire? Lors du premier débat présidentiel, qui portait principalement sur l’Irak, il a bien dit «qu’un élément essentiel de la réussite en Irak est de convaincre les Irakiens et le monde arabe que les États-Unis n’ont pas de vues à long terme sur la région». Il reste à voir si ce ne sont que des paroles. Après tout, les gouvernements démocrates ne sont pas vraiment moins impérialistes que ceux des républicains, sinon en paroles...

Et il y a aussi la guerre au terrorisme. Même si l’Irak n’avait rien à voir avec al-Qaïda au temps de Saddam Hussein, on ne peut plus en dire autant aujourd’hui. D’ailleurs, comme s’il voulait s’assurer que cela soit bien compris, l’islamiste et décapiteur bien connu Abou Moussab (full-patch) al-Zarqaoui a récemment prêté allégeance à Oussama ben Laden. Pour éviter toute confusion, son groupe s’appellera désormais «l’Organisation al-Qaïda du Jihad dans le pays du Rafidaïn» (le Tigre et l’Euphrate en Irak).

Al-Zarqaoui aurait voulu appuyer George W. Bush à la veille des élections qu’il n’aurait pas fait mieux.

Certains voient d’ailleurs une drôle de coïncidence dans la dernière apparition d’Oussama ben Laden. Pourtant, s’il avait vraiment voulu donner un coup de pouce à Bush, il n’avait qu’à menacer d’attaquer les États-Unis si le président était réélu. Ce qu’il s’est bien gardé de faire. Enfin, ça dépend du point de vue, comme en font foi les pages couvertures de La Presse et du Devoir.

Pour La Presse, c’est clair: «Ben Laden menace de frapper l’Amérique». De son côté, Le Devoir reprend en titre l’accusation du chef d’al-Qaïda: «Bush vous trompe», et précise «qu’il ne menace pas directement les États-Unis». Mais est-ce vraiment une divergence d’interprétation, ou n’est-ce plutôt qu’une manière différente de vendre un journal?

S’adressant directement aux Américains, ben Laden a dit: «Votre sécurité n’est pas entre les mains de Kerry ou de Bush ou d’al-Qaïda. Votre sécurité est entre vos mains.»

Pardon? Serait-ce une profession de foi en la démocratie de la part de l’ennemi numéro un du monde libre? Ou sinon une publicité pour la National Rifle Association?

Plus loin, ben Laden poursuit: «Au peuple américain, voici mon message pour éviter un nouveau Manhattan. [...] Je vous le dis, la sécurité est un élément important de la vie humaine et les gauchistes ne négligent pas leur sécurité, contrairement à Bush, qui affirme que nous détestons la liberté».

Cette critique inoffensive apporte plutôt de l’eau au moulin républicain. En se qualifiant de gauchiste, il fait une fleur à Bush, qui accuse inlassablement les démocrates d’être gauchistes. De là à dire que voter pour Kerry c’est comme voter pour ben Laden, il n’y a qu’un saut de puce intellectuel...

Sauf que le mot «gauchistes» n’apparaît que sur cette transcription, cosignée Associated Press et Reuters. Partout ailleurs, il est question d’«hommes libres». Si vous consultez les diverses transcriptions ci-dessous, vous noterez d’autres différences.

Parlez-vous arabe? Si oui, cliquez sur l’image suivante pour visionner la bande vidéo d’al-Jazira. Vous nous direz s’il a dit gauchistes ou hommes libres. Shoukran jazilan!

Quoi qu’il en soit, il est étrangement rassurant d’imaginer que le soir du 2 novembre, quelque part dans une grotte aux frontières du Pakistan et de l’Afghanistan, Oussama ben Laden sera lui aussi confortablement installé devant sa télé pour regarder les élections américaines.

En espérant qu’il soit bon perdant...

*

Verbatim

Le Monde

Aljazeera

CNN

The Guardian

ABC

The Washington Post (sur inscription)

*

Dossiers Élections USA 2004

Le Devoir

La Presse

Radio-Canada

Libération

Le Monde

Le Monde diplomatique

L’Express

Le Nouvel Observateur

Le Point

Le Figaro

The New York Times (sur inscription)

The Washington Post (sur inscription)

Slate

The Guardian

The Globe and Mail

National Post (CanWest)

The Onion


*

Autres titres

États-Unis: le bilan d’un président
Serge Halimi, Le Monde diplomatique

Bush-Kerry: la différence
Denis Sieffert, Politis, 28 octobre 2004

Foi et élections américaines
L’esprit de Jefferson est mort et enterré
John R. MacArthur. Président et éditeur du magazine Harper’s. Le Devoir, 29 octobre 2004

Bush: usurpateur ou reflet de l’Amérique?
Jean-Frédéric Légaré Tremblay, Le Devoir, 27 octobre 2004

Qui peut arrêter Karl Rove?
Karine Prémont, Le Devoir, 27 octobre 2004

Conseiller de George Bush, il utilise à la fois la rumeur, l’informatique et ses relations dans le monde médiatique pour arriver à ses fins

Campagne présidentielle aux États-Unis – L’affaire Halliburton sert les démocrates
AP, Le Devoir, 30 octobre 2004

Élection américaine: alerte terroriste ou grosse manipulation médiatique?
Guillaume Ollendorff, Yahoo! Actualités, 29 octobre 2004

Attentats du 11 septembre 2001: premiers projets de téléfilms aux États-Unis
AFP, Le Monde, 29 octobre 2004

Deux chaînes de télévision américaines, NBC et ABC, sont en concurrence pour lancer la production de téléfilms mettant en scène les attentats terroristes du 11 septembre à New York sur la base du rapport de la commission d’enquête fédérale publié en juillet.

Fahrenheit 9/11 pourra être vu sur Internet
AP, Cyberpresse, 30 octobre 2004

Le documentaire anti-Bush de Michael Moore, Fahrenheit 9/11, pourra être vu sur Internet le 1er novembre, à la veille de l’élection présidentielle américaine, a annoncé le fournisseur de films sur le web CinemaNow. Il faudra payer 9,95 dollars américains pour pouvoir visionner le film.

Les Canadiens ne sont pas à l’abri du Patriot Act américain
PC, Le Devoir, 30 octobre 2004

Le Patriot Act autorise des agences comme le FBI à accéder à des informations confidentielles sur des Canadiens si ces renseignements se retrouvent aux États-Unis ou entre les mains de sociétés américaines installées au Canada, soutient un rapport déposé hier par le commissaire à la protection de la vie privée de la Colombie-Britannique.

NASA photo analyst: Bush wore a device during debate
Kevin Berger, Salon.com, 29 octobre 2004

Physicist says imaging techniques prove the president’s bulge was not caused by wrinkled clothing.

Holy Zarqawi
Why Bush let Iraq’s top terrorist walk
Daniel Benjamin, Slate, 29 octobre 2004

Why didn’t the Bush administration kill Abu Musab al-Zarqawi when it had the chance?

Republicans Urge Minorities To Get Out And Vote On Nov. 3
The Onion, 27 octobre 2004

With the knowledge that the minority vote will be crucial in the upcoming presidential election, Republican Party officials are urging blacks, Hispanics, and other minorities to make their presence felt at the polls on Wednesday, Nov. 3.

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Irak

Le blâme irakien
Serge Truffaut, Le Devoir, 29 octobre 2004

La requête est étonnante: le premier ministre irakien Iyad Allaoui demande à l’ONU de dépêcher rapidement une force internationale sur place. Cette prière est d’autant plus surprenante qu’elle a été accompagnée du premier blâme formulé à l’endroit des forces américaines: Allaoui les accuse d’avoir négligé la sécurité des futurs policiers. Un fossé se creuse.

L’Irak appelle l’ONU à la rescousse
Reuters, AFP, Le Devoir, 27 octobre 2004

100 000 civils tués en Irak
AP, Le Devoir, 29 octobre 2004

La majorité des victimes de l’invasion américaine sont des femmes et des enfants

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Environnement

Le secrétaire responsable des ressources naturelles et de l’environnement sous Ronald Reagan, James Watt, invoquait ses croyances religieuses pour ne pas restreindre l’exploitation des ressources naturelles non renouvelables et polluantes. «Sa politique était de consommer les ressources naturelles le plus rapidement possible car, disait-il, Jésus allait revenir bientôt sur terre. Il ne servait donc à rien de préserver ce type d’énergie. C’était il y a 20 ans, et ça continue...»

Christ d’élections
Frédéric Denoncourt, Voir, 28 octobre 2004

Réchauffement climatique
Le dioxyde de carbone, une nouvelle matière première
Philippe Randrianarimanana, Courrier international, 26 octobre 2004

Après la ratification du protocole de Kyoto par la Russie, une nouvelle valeur fait son entrée sur le marché des matières premières: le gaz à effet de serre.

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Pétrole

L’élan vers le pire
Yves Cochet, Le Monde, 25 octobre 2004

Par ignorance ou par routine neuronale plus que par calcul, nos responsables analysent mal la situation énergétique du monde. Ils en déduisent des politiques et tiennent des propos inadaptés, entraînant nos sociétés dans leur élan vers le pire.

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Au Québec

The Greatest Québécois?
Gabriel Danis, Voir, 28 octobre 2004

Il existe deux nations au Canada: la nation québécoise et la nation canadienne. L’élite et la population canadiennes refusent pourtant de souscrire à cette lecture. La vision centralisatrice, trudeauiste, d’une seule nation pancanadienne, entrecoupée de quelques régionalismes et particularités linguistiques, domine toujours, sans aucune nuance.

Le récent tollé soulevé au sein du Canada par l’entente sur la santé conclue entre le gouvernement fédéral et les provinces est éclairant à ce sujet. Par cette entente administrative, le gouvernement fédéral ne fait que confirmer des compétences québécoises déjà existantes en matière de santé. Les réactions sont toutefois très différentes. D’un côté, l’élite fédéraliste québécoise s’extasie et crie mission accomplie, alors que de l’autre, un vent de protestation et d’indignation se lève dans le reste du Canada. De ce côté, on craint ni plus ni moins le début d’une désintégration du Canada (Michael Bliss, «Un pays en morceaux», National Post).

Imaginez les réactions lors d’éventuelles négociations constitutionnelles!

Les observateurs fédéralistes québécois ont toujours cru à un renouvellement du fédéralisme canadien. La réalité nous renvoie un tout autre message. Vouloir renier cette réalité relevait autrefois d’une certaine naïveté optimiste, il faut maintenant davantage parler de «jovialisme» aveugle.

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Le vœu de la fin

Et tant pis pour ben Laden...

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30 octobre 2004