
L’édition
au Québec
Une bonne et une mauvaise nouvelle
par Normand Bastien
*
La mauvaise nouvelle
Quebecor World
achète Sogides
Pendant qu’à Paris on s’apprête à
adopter la Convention
sur la diversité des expressions culturelles, ici, au
Québec inc., on croit plutôt que la diversité
est mieux servie quand elle provient d’une seule source.
La transaction devra d’abord être approuvée
par le Bureau de la concurrence, mais on voit mal pourquoi ça
ne passerait pas. Avec la mondialisation et tout... Que voulez-vous
qu’une entreprise fasse? On n’a pas le choix, il faut
s’ajuster à la réalité des marchés.
Car aujourd’hui, dans le monde des affaires, c’est «mange
ou sois mangé». Et puis quoi, vous auriez préféré
que ce soient les Chinois qui achètent?
Bon, ce ne sera pas la fin de tout. Nous pourrons toujours lire
nos auteurs favoris. Surtout si nous sommes plusieurs à les
aimer. Et ça ne changera pas grand-chose chez les libraires.
On y trouvera encore les mêmes livres au côté
des mêmes tapis.
Sauf que d’ajustement en ajustement à la réalité
des marchés, il finira bientôt par ne rester qu’elle,
si ce n’est déjà fait.
*
Quebecor
s’offre le groupe d’édition Sogides
Jean-François Nadeau, Le
Devoir, 13 octobre 2005
Le géant Quebecor
World achète Sogides et devient ainsi le plus important groupe
d’édition et de distribution de livres au Québec.
Fondé dans les années 60 par Edgar Lespérance
et dirigé depuis par son fils Pierre, le groupe Sogides comprend
notamment les maisons d’édition Le Jour, VLB éditeur,
L’Hexagone, les Éditions de l’Homme, Les Presses
libres, Utilis et Typo.
Selon Luc Lavoie, porte-parole
de Quebecor, «on est d’avis qu’une consolidation
– donc moins de fragmentation du marché – va
se traduire par une business plus solide, beaucoup plus attrayante
pour tous, tant pour les écrivains que pour nous. [...]
On est aussi dans le commerce au détail, et les marges
de profit ne sont pas élevées non plus dans ce secteur.
Quand c’est hyper fragmenté en plus de ne pas être
rentable, ce n’est pas ça qui va donner un secteur
industriel du livre en santé. La seule solution est donc
la consolidation».
Avec l’acquisition de
Sogides, Quebecor met la main sur un fonds littéraire et
patrimonial très important. Bien des livres, dont ceux de
Gaston Miron, Roland Giguère, Gérald Godin, Pierre
Bourgault, Claude Gauvreau, Jacques Ferron et Paul Zumthor, sont
sous étiquette Sogides. De quelle expérience jouit
Quebecor en littérature? «L’an passé,
a expliqué Luc Lavoie, nous avons publié
le livre de Janette Bertrand, qui a été un gros succès.
Nous avons aussi publié Georges-Hébert Germain et
sa fille Raphaëlle, Arlette Cousture aussi et bien d’autres.»
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Dans un autre texte intitulé La
cerise sur l’Empire, Jean-François Nadeau
écrit:
Les grands empires financiers
constituent aujourd’hui des machines à imposer leurs
propres règles dans l’espace, pour reprendre les paroles
lucides d’un ami éditeur. Les empires fabriquent ainsi
leurs propres références, leur propre système
de reproduction et de gratification social. La télévision,
la radio, les journaux et tout ce qu’ils possèdent
servent, en définitive, à constituer et à développer
leur seul univers. «Ils imposent peu à peu un mode
de fonctionnement total au monde qui les entoure tout simplement
pour lui substituer peu à peu un monde qui leur ressemble
tout à fait.»
Dans cette mécanique
de la fabrication du monde auquel se livrent les empires économiques,
acheter des maisons d’édition ne coûte presque
rien et peut rapporter beaucoup. Cela procure, d’abord, du
pouvoir symbolique: un prestige lié au savoir, à la
culture et à la mémoire. Et cela rapporte aussi, ensuite,
de l’argent. Comment? Grâce au système de distribution,
le seul maillon vraiment rentable de la chaîne éditoriale.
Le livre, c’est la cerise
sur l’Empire.
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La bonne nouvelle
Le Doigt
publie son premier numéro!
Jacques Hurtubise, le père du regretté magazine Croc,
nous revient en force avec son nouveau bébé, Le
Doigt, un bel hebdomadaire avec toutes ses dents! Comble de
joie, les Zapartistes sont de l’équipage.

LeDoigt.com
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