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Économie et démocratie


Le capitalisme, pour l’appeler par son nom, le système économique, si vous voulez, moi, ça m’est égal, qu’on l’appelle comme on voudra, a changé de logique. Dans les 30 glorieuses, c’était un capitalisme dont les principaux acteurs étaient des chefs d’entreprise, des entrepreneurs, des syndicats ouvriers et l’État. Les entrepreneurs et les ouvriers, ça n’a pas tout à fait les mêmes intérêts; il arrive qu’ils se rentrent dans le chou mais dans l’opposition, il y a quand même quelque chose de commun: la communauté des intérêts. Moi, si je veux vendre mes bagnoles, il faut que je distribue du pouvoir d’achat et des bons salaires; bien sûr, il faut que toute l’économie, si elle veut fonctionner, distribue du pouvoir d’achat.

En gros, on peut dire pour faire image que le salaire nourrissait le profit qui nourrissait le salaire. Vous avez un progrès économique qui coincide avec un progrès social; ça veut dire amélioration des conditions de travail; ça veut dire réduction du temps de travail. Dites-vous qu’entre le début du siècle et aujourd’hui, la durée de travail est passée à plus de 3000 heures par an à moins de 1600 heures; et que, pourtant, le pouvoir d’achat du salaire a été multiplié par 8. Voilà ce que c’est le progrès social.

Mais aujourd’hui, malheureusement, le cercle a succombé au vice... parce que ce ne sont plus les mêmes hommes qui sont au pouvoir. Aujourd’hui, ce qui domine, c’est un patronat financier et c’est donc un pouvoir de la finance qui est là, à tous les niveaux; et ça change complètement la nature des relations. À partir du moment où vous avez un revenu dominant qui se nourrit de tous les autres, vous avez un discours qui devient le discours du «trop», trop de tous les autres bien sûr, trop de masse salariale, trop d’État, trop de protection sociale, trop d’aide publique internationale.

Aujourd’hui, une lutte féroce est engagée non plus pour le partage des gains de productivité, mais pour la captation intégrale des gains de productivité par quelques uns. Et ça, ça vous explique pourquoi on préfère créer du sous-emploi, du chômage, plutôt que de réduire le temps de travail. Parce que d’abord le chômage est un excellent moyen de pression sur les salaires; s’il y a du chômage, il y a une pression de l’offre du travail...

L’argent

Vous imaginez le type qui avait un éléphant à vendre qui avait besoin d’une puce, il fallait qu’il trouve un acheteur d’éléphant qui disposait d’une puce. Mais c’est pas tout, entre l’éléphant et la puce, il y avait une différence: il fallait se mettre d’accord; c’était très compliqué. Cet intermédiaire des échanges est quelque chose d’extraordinaire qui facilite considérablement...

À partir du moment où vous libérez les cours de devises les uns vis à vis des autres, alors il va se produire une chose, c’est que ces cours de devise vont fluctuer et ça va vous donner lieu à une spéculation. Vous allez avoir des individus qui vont être entièrement axés sur cette affaire là devant leur ordinateur à l’affût de la moindre différence. Et alors on achète et on vend; on rachète et on revend; et on amasse des sommes colossales. L’argent, au lieu d’être cet intermédiaire, est devenu un moyen de faire de l’argent; il est devenu une fin en soi. Voilà ce que c’est que cette spéculation.

À la limite, on pourra dire que ce sont des richesses qui n’existent pas. Mais on pourra vous montrer aussi que quand ces richesses virtuelles s’effondrent, l’économie réelle s’effondre. Quand vous avez, par exemple, dans les années 96 à 98 une espèce de mythe d’un nouvel eldorado en Asie du Sud-Est, que les capitaux se précipitent, se précipitent, bon, pendant un temps, il y a un peu d’argent à retirer puis on s’aperçoit très vite que la bulle a alimenté la bulle et que chacun y est allé parce que les autres y sont et qu’il fallait y aller. Donc, il y avait là quelque chose qui était purement virtuel. Et puis tout d’un coup, ce quelque chose s’effrondre: en un an, tous ces capitaux fuient et laissent l’économie absolument exangue. Cela laisse 13 millions de chômeurs sur le tapis, etc. Là, vous avez donc un phénomène qui est un pur gonflement et qui crée des catastrophes qui, elles, ne sont pas virtuelles. Vous comprenez, c’est ça, le problème.

René Passet

«On ne peut pas vivre sans rêve»
Sociotoile, 13 avril 2004
Sociotoile.net

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La trahison des élites

Europe: feu la démocratie
Mona Chollet, Inventaire-Invention, 25 mai 2004

Ceux qui gobent les discours ronflants et autosatisfaits sur la grandeur de la démocratie dans laquelle ils vivent seraient bien inspirés de lire le livre de Raoul Marc Jennar, Europe, la trahison des élites. Ils s’apercevront alors que, même si on néglige de les en informer, préférant les distraire en agitant le spectre d’une entrée dans l’Union européenne, le cimeterre entre les dents, des mahométans de Turquie, on est tout simplement en train de les dépouiller de ce bien dont on leur répète tant qu’ils peuvent s’enorgueillir. Alors qu’en général, on consent tout juste à admettre du bout des lèvres, s’agissant des institutions européennes, un certain «déficit démocratique», Jennar, lui, nous balance un salutaire seau froide dans la figure: en réalité, ce qui est en train de se jouer, écrit-il, c’est «l’abandon du principe de la souveraineté populaire si chèrement conquis en 1789». Ce qui est en train d’aboutir, c’est «le projet inavouable, entamé en 1957, de revenir sur plus de deux cents ans de conquêtes politiques et sociales, par le haut, en construisant au-dessus des États une autorité qui s’impose à eux, qui réduit les acquis démocratiques et détruit les progrès sociaux de manière irréversible». Le tout, avec l’alibi de la «modernité». Il cite ces propos accablants de Romano Prodi, l’actuel président de la Commission européenne: «L’action menée au niveau européen permet souvent d’éviter les pressions directes des cycles électoraux nationaux.» Vive la démocratie, donc. Mais, autant que possible, sans les peuples… Oui, la Commission européenne incarne bien, «jusqu’à la caricature, le triomphe de la technocratie sur la démocratie». Technocratie n’étant qu’un synonyme soft de ploutocratie . (...)

Jennar montre aussi le rôle actif que joue l’Union européenne pour imposer au monde entier, dans le cadre de l’OMC, l’Accord général sur le commerce des services (AGCS), parfaitement dévastateur, qui oblige chaque pays à livrer au marché mondial, de manière progressive et irréversible, tous les secteurs de services de son économie, y compris l’eau, l’énergie, les transports, l’éducation ou la culture.
Inventaire-Invention.com

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Pour les pays les moins avancés, la libéralisation commerciale ne suffit pas à réduire la pauvreté
Babette Stern, Le Monde, 28 mai 2004

La Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced) critique l’extraversion précipitée des pays les plus pauvres, malgré leurs faiblesses structurelles.
LeMonde.fr

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Éloge du syndicalisme
Jean-François Lisée, L’actualité, 30 mai 2004

On les enterre souvent, les syndicats. On les dit victimes des nouvelles technologies, du travail autonome, de l’individualisme. De la mondialisation, surtout. Maintenant qu’il faut être souple, rapide, compétitif et efficace, pourquoi s’encombrerait-on de tels dinosaures?

Étrange: un récent rapport de la Banque mondiale – qui n’est généralement pas un repaire de gauchistes – affirme que ce qui fait problème dans les pays du Nord et du Sud, ce n’est pas la présence des syndicats, mais bien leur absence ou leur trop grande faiblesse. Selon la Banque, le syndicalisme rend possibles partout de meilleurs salaires. Il réduit l’écart de revenus entre les travailleurs spécialisés et ceux qui n’ont pas la chance de l’être. C’est un facteur d’égalité des sexes, non seulement parmi les syndiqués mais, par effet d’entraînement, dans la société tout entière. Il permet aussi la promotion des salariés des minorités raciales. Indirectement, son existence rend plus rentable le fait de terminer ses études.
Lactualité.com

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Au Québec

Conférence sur les PPP: Journalistes et syndicalistes tenus à l’écart
Service d’info SCFP, 23/05/2004

Le 5 mai dernier, la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget, annonçait que le gouvernement Charest maintenait le cap et entendait favoriser les partenariats public-privé.

Les journalistes ne sont pas les bienvenus à un important colloque sur les partenariats public-privé (PPP) organisé par le groupe Perform, bien qu’il soit offert «en collaboration avec La Presse». Les journalistes trouveront peut-être de quoi se consoler puisque, comme eux, les syndicalistes se voient systématiquement refuser l’accès à cette même conférence.
CMAQ.net

 

 
Médias


La guerre vendue en shampooing

Paul Cauchon, Le Devoir, 25 mai 2004

La guerre contre l’Irak a représenté une formidable bataille idéologique, dans laquelle la Maison-Blanche a utilisé des techniques de marketing sophistiquées, souvent avec l’aide de prestigieuses entreprises de relations publiques.
LeDevoir.com

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Ne plus jamais lire la presse comme avant
Action anti-barbarie du 27 mai 2004
Barbarie.org

 

 
Mourir de rire


Lettre ouverte à la gauche québécoise

Richard Martineau, Voir, 27 mai 2004

Soyez drôle, bordel!
Tout le monde connaît Michael Moore aux États-Unis. Cet activiste de gauche a réussi à conscientiser plus d’Américains sur les mensonges de l’administration Bush ou les dangers de la culture des armes à feu que n’importe quel militant. Pourquoi? Parce qu’il est drôle! «Oui, je veux passer des messages, mais je veux aussi que les gens aillent voir mes films le samedi soir en mangeant un pop-corn et en buvant une boisson gazeuse», a-t-il dit. Moore a prouvé qu’on pouvait à la fois être amusant ET intelligent. Pas besoin d’adopter un ton sentencieux ou professoral pour parler des excès de la mondialisation.

Malheureusement, la gauche québécoise a longtemps senti le bas de laine, le sweat-shirt gris et le jus de pipe. C’est l’Église catholique sans le ti-Jésus. Même ton dogmatique et moralisateur. Sous prétexte que l’heure est grave, il faut tirer une tronche longue comme ça et ressembler à un édito d’Ignacio Ramonet.
Voir.ca

 

30 mai 2004 • Page 6/6 • Continuer pour le 23 mai