
Ce n’est qu’un début
Éric Fottorino, Le Monde, 13 mai
2004
La guerre continue. Mais c’est image contre image. Sexe flouté
contre tête décollée.
On termine le boulot avec les armes du XXIe siècle, la com,
les vidéos balancées sur Internet, des photos dont
on souligne pourtant la médiocrité technique –
des photos de mauvais amateurs – mais des photos qui font
foi. Justement parce qu’elles ne sont pas trop «léchées».
(...)
On en est là. Et après? Un chercheur associé
au CNRS, Eric Deroo, interviewé par Libération
du 13 mai, prévoit une escalade. «Puisqu’il faut
frapper de plus en plus fort, on verra bientôt des images
impliquant des enfants.» Cela promet.
Nous n’en sommes donc qu’au début de l’obscénité.
Et le chercheur de poursuivre, soulignant la forte implication sexuelle
des images déjà diffusées, qu’«elles
peuvent également être reçues avec une certaine
excitation». Ajoutons: avec un réel dégoût.
LeMonde.fr
La décapitation de Nick Berg bouleverse l’Amérique
Fabrice Rousselot, Libération, 12
mai 2004
Libération.fr
*
Réactions
Certains avancent que la décapitation serait l’oeuvre
de soldats américains.
Fishy Circumstances and Flawed Timelines Surround American’s
Beheading
Infowars.com
D’autres y voient une raison d’en finir avec l’Irak
et le terrorisme, coûte que coûte...
Nick Berg’s murder
New York Post, May 12, 2004
No, the massacre of Nick Berg had nothing to do with Abu Ghraib.
Instead, this slaying was about the war against the West in general
- and America, in particular. Indeed, the beheading may have been
carried out personally by Abu Musab al-Zarqawi, a top aide of Osama
bin Laden.
Some people - some Americans - have forgotten about 9/11.
That attack should have been enough to justify all-out war. But
the hand-wringing over the war in Iraq - and over even the modest
steps America took to defend itself, like the Patriot Act - suggests
that folks truly have lost sight of what the war is about.
Yesterday they got a shocking reminder. And now they know: This
war cannot be waged with half-measures.
It can end only with the total annihilation of those who practice
butchery and barbarism. Those who have set as their goal the destruction
of America.
There is no negotiating with such people. There can be no compromise
with those who mean to destroy us.
NYPost.com
*
Tous des sauvages, par Robert Fisk
8 mai 2004, The Independent, PaxHumana.info
Lorsque l’on considère son ennemi comme un sauvage,
on finit par le devenir soi-même.
À peine six mois avant la déclaration de la Première
Guerre mondiale, ma grand-mère, Margaret Fisk, offrit à
William, mon père, un livre de 360 pages sur l’aventure
impériale intitulé: Tom Graham VC, histoire de
la guerre afghane. (...)
L’histoire dans ce livre reflète parfaitement la génération
de mon père. C’est une histoire raciste, d’une
gaieté exubérante, mettant en évidence l’héroïsme
des Britanniques et la sauvagerie des Musulmans. L’assassinat
- réel - du personnel de l’ambassade britannique à
Kaboul en 1879 entraîna une riposte de la part des militaires
britanniques et c’est ainsi que Tom Graham débarque
en Afghanistan avec son régiment. Quelques jours plus tard,
Tom braque sa baïonnette «droit sous le museau»,
puis sur la poitrine d’un Afghan, «un géant
au teint basané et aux yeux brillants de haine.»
Dans la vallée du Kuruum, Graham repousse des «indigènes
en colère, enivrés par la luxure et le pillage.»
L’auteur souligne que chaque fois que les troupes britanniques
tombaient entre les mains des Afghans «leurs corps étaient
affreusement mutilés, indignement traités par ces
démons d’apparence humaine.» Les Afghans
sont tour à tour traités de «scélérats»,
de «bandits», et bien sûr ce sont «des
démons d’apparence humaine». (...)
Il est aisé de constater comment dans le monde de gens
«honnêtes, irréprochables et loyaux»,
dans lequel vivait mon père, les Britanniques avilissaient
l’ennemi. Bien que la bravoure des Afghans soit çà
et là mentionnée, l’auteur n’essaie pas
de justifier leurs actions. L’idée que les Afghans
ne veulent pas que des étrangers envahissent et occupent
leur pays n’est pas même suggérée dans
le livre.
PaxHumana.info
Version originale
If we see our enemies as inhuman, then we ourselves end
up as savages
Robert Fisk, The Independent, 8 May 2004
Independent.co.uk
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