
Le temps est bon, le ciel est bleu
par
Normand Bastien
Paul et George sont dans la roseraie, il fait doux à la
Maison-Blanche. Visiblement réconciliés, ils affichent
tous deux une mine superbe. Néanmoins, si ce n’était
de toutes ces caméras, nos deux hommes seraient certainement
en manches de chemise à siroter une bière aussi fraîche
que méritée. Après 15 minutes de franche discussion
sur des sujets aussi importants que la sécurité nationale,
l’environnement, le bois d’oeuvre et la vache folle,
nul doute que leur antisudorifique aura été mis à
rude épreuve. Texan de longue date, habitué à
la chaleur, le président Bush était certes mieux équipé
pour faire face à la situation que l’homme du nord
qu’est Martin. Ce qui n’a pas empêché ce
dernier d’ajouter à leur ordre du jour déjà
surchargé l’épineuse question du bouclier antimissile.
Selon Le
Devoir: M. Martin a avoué qu’il l’avait
fait parce qu’il «y a eu des questions qui ont été
posées au Canada» et qu’il croyait nécessaire,
dans les circonstances, de réitérer la position canadienne.
«Nous avons souligné très fortement que
nous n’étions pas prêts à considérer
quoi que ce soit qui s’approcherait d’un déploiement
d’armes dans l’espace. C’est tout simplement exclu»,
a déclaré M. Martin.
Il en aurait obtenu l’assurance de la part du président,
a-t-il dit. «Le président a confirmé à
la table qu’il n’envisage pas, dans ce que nous sommes
en train de discuter, d’armements dans l’espace»,
a dit M. Martin.
*
Voilà bien la preuve qu’on se casse souvent la tête
pour rien. On était là à s’en faire avec
la militarisation de l’espace et la relance de la course aux
armements qu’une telle entreprise ne manquerait pas de provoquer
alors qu’il suffisait, tout simplement, de poser la question
au principal intéressé. Sa réponse a été
claire: non, le président n’envisage pas d’armements
dans l’espace. Et si c’est lui qui le dit, qui oserait
en douter?
Bien sûr, les sceptiques auront remarqué la réserve
qu’a tenu à faire Paul Martin quand il ajoute que cela
vaut pour «ce que nous sommes en train de discuter».
En effet, les premières phases du déploiement du
bouclier antimissile ne concernent que la mise en place d’équipements
de détection et d’interception terrestres ou marins.
Les technologies nécessaires à l’armement de
l’espace sont toujours au stade du développement, ce
qui fait qu’il est encore trop tôt pour en discuter...
De toute façon, dans toute cette histoire, le rôle
du Canada sera sans doute passif. Nous n’aurons pas les moyens
de faire plus.
Ce qui n’est pas le cas de nos voisins qui continuent d’investir
massivement dans l’armement. Un article du magazine Slate
nous apprend qu’au seul chapitre des armes nucléaires,
le gouvernement étatsunien dépensera cette année
6.5 milliards $ US. Le président a demandé 6.8 milliards
pour 2005 et jusqu’à 30 milliards pour les quatre
prochaines années. Et ceci, sans même compter le bouclier
antimissile...
*
Un
autre point fort de la rencontre a été la reconnaissance
sans équivoque de la souveraineté canadienne: «Le
Canada est un pays indépendant. Le Canada peut prendre ses
décisions en fonction de son propre jugement»
a dit le président, sans rancune, tournant ainsi la page
sur nos désaccords passés.
Autre preuve d’ouverture, M. Bush a dit souhaiter «que
le Canada fasse ce qu’il se sentait à l’aise
de faire en Irak».
Voici une offre bien sympathique qui soulève une excellente
question: qu’est-ce que le Canada pourrait bien faire en Irak,
en se sentant à l’aise, tout en mettant à l’avant
ses talents particuliers?
Nous en étions là dans nos réflexions quand
il nous est revenu que, plus tôt cette semaine, le Conseil
de gouvernement transitoire irakien (aussi appelé Conseil
des marionnettes par les Irakiens) dévoilait la maquette
du nouveau drapeau
irakien, ce qui n’a pas manqué de soulever un tollé.
Sévèrement critiqué pour son dessin, les plombs
ont sauté quand il a été révélé
que le drapeau avait été conçu en Angleterre!

Forts de cette information, il nous apparaît clair que le
Canada serait le candidat idéal pour réussir à
«vendre» ce nouveau drapeau à la population.
L’expertise du Canada dans ce domaine n’est plus à
démontrer. N’oublions pas le grand succès remporté
par la campagne pour l’unité nationale canadienne qui,
tout le monde en convient, a permis d’empêcher l’éclatement
du pays. La mission du Canada est donc tout indiquée. Non,
ne nous remerciez pas, nous ne faisons que notre devoir.
*
Un an déjà

Le 1er mai marquait le premier anniversaire de la fin des combats
en Irak. Bon, vu la tournure des événements, personne
n’avait vraiment le coeur à la fête, à
part peut-être quelques geôliers farceurs de la prison
d’Abou Ghraib. Des farceurs à l’humour d’un
goût douteux, mais des farceurs tout de même. En tout
cas, au Canada, quand des soldats ont été pris à
infliger de semblables traitements à des recrues, ils ont
dit que c’était pour jouer. Mais bon, ce sont des jeux
virils, difficiles à saisir pour les ramollis urbains que
nous sommes. Après tout, il n’y a rien comme une bonne
dose d’humiliation pour forger le caractère. Ensuite,
on en rit ensemble, ça tisse des liens. Et il y a des leçons
qui restent. Par exemple, quand tu dis que tu ne laisseras personne
te marcher dessus, tu le penses vraiment!
*

En quelque sorte, c’était
aussi l’état d’esprit qui régnait pendant
l’énorme manifestation qui a rassemblé 100 000
personnes, hier à Montréal. Jean Charest avait beau
être en France, il était pourtant bien présent
dans l’esprit des manifestants qui semblent déterminés
à se mettre en travers de ses plans de démolition.
Ah! bien sûr, le bon citoyen répliquera qu’il
s’agissait là de fonctionnaires et de maudits syndiqués
gras dur, chèrement payés pour se poigner le beigne
à longueur de journée et que le gouvernement ferait
bien de remettre à leur place une fois pour toutes...
C’est que le bon citoyen se sera laissé prendre, encore
une fois, au jeu du gouvernement qui cherche à nous diviser
pour mieux nous réingénier collectivement.
On envie les syndiqués pour leur sécurité
d’emploi. Or, c’est justement ce qui leur permet de
monter au front. On dira qu’ils le font pour leur bénéfice,
ce qui n’est pas complètement faux, mais comment ne
pas voir que nos intérêts sont les mêmes?
À moins d’être un partisan du chacun-pour-soi,
ou un émule d’Elvis Graton qui croit sincèrement
que «les Amaricains, ils l’ont l’affaire!»,
tous les Québécois ont intérêt à
résister au rouleau compresseur néolibéral.
Mercredi prochain, le gouvernement Charest dévoilera son
plan de modernisation de l’État, anciennement connu
sous le nom de réingénierie. Dans le but de vous préparer
à cet événement, et question de vous rafraîchir
la mémoire quant aux enjeux en cause, nous vous invitons
à visionner ce film du réalisateur André Vanasse,
dont voici un extrait du communiqué de presse:
«L’État en question: le Québec sous un
règne néolibéral»
À travers le questionnement et les réflexions d’une
militante du Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ),
le réalisateur André Vanasse aborde les grands thèmes
martelés par le gouvernement Charest depuis son élection,
il y aura bientôt un an. C’est ainsi que les questions
de la révision du modèle québécois,
de la baisse des impôts, de la réduction de la taille
de l’État, de la privatisation des services publics
et de la décentralisation à tout prix, sont abordées
afin de mieux en saisir les enjeux et les impacts potentiels pour
la société québécoise.
Cette vidéo documentaire présente le point de vue
de différentes personnes reconnues pour la qualité
de leurs réflexions sur les questions entourant le désengagement
de l’État. Ainsi, M. Jean-François Lisée
(chercheur, PolitiqueSociales.net), Mme Sylvie Paquerot (chercheure,
SFPQ), M. Vincent Greason (Table régionale en éducation
populaire de l’Outaouais) et Mme Lorraine Guay (D’Abord
Solidaires) contribuent à alimenter la réflexion des
spectateurs tout en détruisant de nombreux mythes entretenus
par les tenants du néolibéralisme.

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