
Le Pentagone: propriétaire sans scrupule des taudis du monde
Mike Davis, Tomdispatch.com,
Le Grand Soir, 22 avril 2004
Le jeune Marines américain est exultant. «c’est
un vrai rêve de sniper» dit-il à un journaliste
du Los Angeles Times dans les faubourgs de Fallujah. «Tu
peux aller n’importe où et il y a tant de manières
de tirer sur l’ennemi sans qu’il sache où tu
es.»
«Parfois un type tombe, et je le laisse crier un peu
pour détruire le moral de ses copains. Après je tire
une deuxième balle.»
«Mettre hors jeu un sale type,» explique-t-il,
«c’est un incomparable coup d’adrénaline.»
Il se vante d’avoir réalisé «24 mises
à mort confirmées» dans la phase initiale
de l’assaut brutal des États-Unis contre Fallujah,
la ville rebelle de 300 000 personnes.
Confronté à une résistance populaire intransigeante
qui évoque la défense héroïque des Vietcong
en 1968, les Marines ont à nouveau répandu une terreur
aveugle. Selon les journalistes indépendants et des travailleurs
médicaux locaux, ils ont abattu au moins deux cents femmes
et enfants dans les deux premières semaines de combat.
La bataille de Fallujah, ainsi que les conflits dans les villes
Shiites et les taudis de Bagdad, constituent des tests d’importance,
non seulement pour la politique des États-Unis en Irak, mais
pour la capacité de Washington à dominer ce que les
planificateurs du Pentagone considèrent comme «le principal
champ de bataille du futur» – la ville du tiers monde.
La débâcle de Mogadiscio de 1993, quand les milices
locales ont infligé 60% de pertes aux Army Rangers
a forcé les stratèges américains à repenser
ce qui est connu dans le langage du Pentagone comme MOUT: «Opérations
Militaires en Zone Urbaine.» Recemment, une rapport de la
défense nationale en décembre 1997 a dénoncé
l’impreparation de l’armée pour des combats prolongés
dans les impasses et les labyrinthe des villes pauvres du tiers
monde.
En conséquence, les quatre forces armées, coordonnés
par le Joint Staff Urban Working Group, ont lancé
des programmes pour maîtriser le combat de rue dans les conditions
proches des réalités du tiers-monde... «l’avenir
de la guerre,» explique la revue du Army War College,
«se trouve dans les rues, les égouts, les gratte-ciel,
et les blocs anarchiques de maisons qui forment les villes brisées
du monde.»
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