Vous pouvez participer
à CornedeBrume.com

Pour en savoir plus ›››

Vous voulez faire un commentaire sur l'actualité, vous avez un article à signaler ou un site Internet à suggérer?
Écrivez-nous

 


CornedeBrume.com
est hébergé par
VirusDesign.com,
le projet de réseau.
Pour en savoir plus ›››


Pour nous rejoindre
Contact@VirusDesign.com

 

Contribuez à soutenir le projet de réseau tout en étant resplendissant dans un de nos (magnifiques) t-shirts sérigraphiés (à la main et en petites séries).

Soyez le premier de votre groupe, de votre quartier, de votre ville, pays ou continent à porter un de nos t-shirts!

 


Combattez la novlangue!
Participez à notre dictionnaire maison.

Entrez ›››

 
Une semaine sans télé


Jour 6


C’est que ça file, le temps; ça file.

Voici déjà que ma semaine anti-télé achève, et il me semble qu’elle vient tout juste de commencer. Moi qui appréhendais le pire au cours de ces journées fatidiques (vertige, incontinence, hallucinations, boulimie et anorexie), je trouve au contraire que j’ai toujours bon pied bon œil. Certes, mon entourage m’a trouvé un peu hyperactif lorsque cette expérience a commencé, et je dois admettre que je ne lui en veux pas.

Il est vrai que, pour combler les heures de loisir que me laissait tout ce temps où je laissais le téléviseur éteint, j’ai déployé une activité à faire pâlir la fourmi la plus stakhanoviste. Mais il ne s’agissait là que d’une simple période d’adaptation. Depuis, facilement revenu de mes excès, il m’a été très facile de prendre, comme disent les anglo-saxons qu’ils soient d’outre-atlantique ou non, « le temps de sentir les roses », ce qui est une adaptation de notre très français carpe diem.

J’en veux pour preuve ce matin.

Le samedi, pour moi est un jour spécial. Qu’importe la semaine que j’ai pu avoir, ou qui peut s’annoncer, le samedi est, pour moi, une oasis dans la fébrilité ambiante. Il s’agit d’une période de vingt-quatre heures que je me consacre aux dépens du reste de l’Univers. Par exemple, je me lève relativement tôt afin de pouvoir justement goûter ce jour-là à son maximum. Je me prépare un petit-déjeuner léger qui comprend, on s’en doute, une dose idoine de café bien corsé. Auparavant, je m’installais devant la télévision et je regardais les dessins animés, comme je l’ai toujours fait depuis que je suis en âge d’activer ce genre d’appareil.

Les automatismes sont relativement difficiles à briser. Ce matin, donc, rien de changé à ma routine. Mais voici que, au moment de brandir la télécommande, je me souviens tout à coup que je ne dois pas regarder la télévision, le samedi moins que tout autre jour. Involontairement, ma main s’écarte au moment où j’allais appuyer sur le bouton infernal. Mais le geste est trop brusque et, patatras!, je renverse mon café dont quelques gouttes giclent sur le mur.

En temps normal, j’aurais pris une guenille – en pestant contre ma maladresse – et j’aurais prestement essuyé le dégât. Mais, me souvins-je fort opportunément, ceci n’était pas un temps normal. Je n’étais plus le pauvre hère prisonnier de son tube cathodique. Bien au contraire, j’étais devenu un nouvel homme affranchi des asservissements modernes. Pourquoi, alors, me contenter de répandre le liquide davantage sur le mur en espérant que la majeure partie soit absorbée par un torchon à la propreté douteuse? « Foin de ces demi-mesures! », m’exclamai-je. Il était temps de faire ce qu’il convenait que l’on fît. Et ce « on » ne devait m’exclure à aucun prix.

Ainsi aiguillonné, mon ardeur ne prit pas goût de tinette et je m’en fus acheter ce qu’il fallait pour repeindre non seulement le mur outragé par ma propre gaucherie, mais également toute la pièce qui, il faut bien le dire, dans ces logements aux aires semi-ouvertes, présentait une assez vaste surface de murs.

Quoi qu’il en fût, je m’attelai à la tâche et, ce soir, goûtant un repos bien mérité, je puis en profiter pour admirer mon œuvre tout en écrivant : un salon-cuisine-couloir fraîchement repeint exhalant l’odeur du propre, du neuf et de la plus totale indépendance devant l’esclavage télévisuel.

En fait, tandis que je contemple le résultat du labeur de ma journée de congé, je ne puis m’empêcher de remercier le ciel. En effet, si l’incident s’était produit pendant ma période hyperactive, nul doute que je fusse tombé dans l’exagération et que j’aurais repeint également la chambre-bureau et – pourquoi pas? – la salle de bains.

Vraiment, je l’ai échappé belle.

*

Jour 7 >>

 

25 avril 2004 • Page 6/7