Vous pouvez participer
à CornedeBrume.com

Pour en savoir plus ›››

Vous voulez faire un commentaire sur l'actualité, vous avez un article à signaler ou un site Internet à suggérer?
Écrivez-nous

 


CornedeBrume.com
est hébergé par
VirusDesign.com,
le projet de réseau.
Pour en savoir plus ›››


Pour nous rejoindre
Contact@VirusDesign.com

 

Contribuez à soutenir le projet de réseau tout en étant resplendissant dans un de nos (magnifiques) t-shirts sérigraphiés (à la main et en petites séries).

Soyez le premier de votre groupe, de votre quartier, de votre ville, pays ou continent à porter un de nos t-shirts!

 


Combattez la novlangue!
Participez à notre dictionnaire maison.

Entrez ›››

 
Une semaine sans télé


Jour 5


Admettons que j’en vienne à me passer définitivement de télévision. J’imagine déjà les sceptiques d’ici, qui sourient en coin en songeant que ce ne doit pas être la première fois qu’ils entendent pareille résolution, laquelle ira certainement rejoindre toutes celles qu’on leur a exprimées les soirs de Saint-Sylvestre (la veille du jour de l’an – et pourtant je ne suis pas Français) dans les oubliettes de l’histoire. À ceux-là, je veux souligner que, au fil des années, j’ai arrêté de prendre du pot, de la drogue, du tabac, de l’alcool, de la bière et du vin, et de manger des cochonneries. Sans compter que j’ai entrepris de faire du sport, que je surveille mon alimentation, que je lave ma vaisselle à tous les soirs et que je fais mon ménage une fois par semaine. Bref, je sais faire preuve de volonté lorsque l’heure de me prendre en main sonne.

Mais la question demeure. Que faire d’un poste de télévision qui ne sert plus? En effet, si le meuble n’était pas si encombrant – dans tous les sens du mot et de toutes les manières –, je pourrais toujours m’en servir comme presse-papier, escabeau ou table à café. Mais voilà, je suis affligé d’une de ces vieilleries qui date de bien avant l’ère de la miniaturisation. Aussi, pour peu que ladite vieillerie devienne inutile ou redondante dans mon décor, il me faudra soit m’en débarrasser soit m’en accommoder d’une façon ou de l’autre.

M’en débarrasser demeure une solution de facilité à laquelle j’hésite à souscrire. En effet, encore faut-il savoir comment. Je serais bien mal venu d’en faire cadeau à quelqu’un, pour les raisons de grand âge que j’ai abordées un peu plus tôt. Qui pourrait bien vouloir de ce cadeau empoisonné de nos jours? En ce XXIe siècle d’écrans plats, de téléviseurs haute définition et de compression numérique à outrance, j’aurais fort à faire pour trouver preneur. En effet, l’objet se trouve à une de ces jonctions historiques qui le rend assez peu désirable aux yeux des téléphages et pas encore valable aux yeux des muséologues. Bien entendu, je pourrais tout simplement aller le perdre dans la nature, mais ma conscience écologique se rebelle devant un acte aussi répréhensible. Peut-être pourrais-je laisser le service de la voirie s’occuper dudit poste de télévision. Mais, dans le fond, je ne ferais qu’introduire un intermédiaire dans le rejet vers l’environnement d’un appareil qui lui serait nocif. Au demeurant, la ville dépêcherait de surcroît un camion pour aller porter mon poste à la décharge, ce qui entraînerait une augmentation des gaz à effet de serre.

Et puis songeons un peu, s’il fallait que mon exemple soit suivi par une large frange de la société, il faudrait absolument trouver une manière écologique de recycler une pléthore de téléviseurs sans risquer d’empoisonner l’eau, l’air et la terre du même coup.

Comme vous le savez, j’ai présentement amplement de temps pour songer à quantité de solutions. C’est dans ma nature; je préfère songer aux solutions plutôt que de penser aux problèmes. Or, celle-ci m’a été apportée par un de mes amis, lequel, fort industrieux vous en conviendrez, avait reconverti un ancien meuble de télévision en étagère afin d’y conserver ses disques compacts.

Quelle idée brillante! Mais la voilà, la réponse! Il suffit de modifier légèrement la vocation de l’appareil, en mettant à contribution ses qualités de base (largeur, profondeur, taille de l’écran, étanchéité, etc.) afin de lui conférer un tout nouvel usage. Et il n’est pas nécessaire de se confiner au principe de l’étagère, non plus.

Mes recherches m’ont permis de constater une diversité particulièrement touchante dans les projets mis de l’avant par certains. Par exemple, cette jeune dame qui a converti un ancien téléviseur à écran de 30 cm en un support pour son bocal à poissons. Il lui a suffi de rendre la partie supérieure de l’appareil amovible avec des charnières et d’y intégrer une lumière à diode afin de ne pas faire cuire ses amis aquatiques à petit feu. Un monsieur a, quant à lui, transformé son énorme téléviseur en théâtre de marionnettes où il adapte des textes classiques. La scène de la poupée dans Les misérables devient dès lors une mise en abyme particulièrement troublante.

Pour ma part, j’ai déniché chez un antiquaire, monseigneur Turcotte, une ravissante statuette de la Sainte Vierge. À l’aide de vieilles lumières de Noël, de papier mâché peint à la gouache et d’anciennes poupées de G.I. Joe, j’entends créer un diorama de l’apparition de Fatima. Sans doute, comme moi, les témoins de la chose, une fois que mon projet sera complété, seront-ils tentés de murmurer : « Pauvre Canada… »

Mais j’entends également vos objections. C’est bien beau tous ces projets qui titillent notre fibre de bricoleur, mais que faire des composantes qui emplissent l’appareil et dont il faudra se défaire? Bien évidemment, pensez-vous, cela ne fait que déplacer le problème environnemental mentionné tout à l’heure. Eh bien non. Car, voyez-vous, je connais une charmante jeune personne de mon âge qui se spécialise dans la confection de bijoux très astucieux et tout à fait ravissants. Elle est surtout versée dans l’assemblage de broches, mais peut également créer des pendentifs, des boucles d’oreilles, etc. Elle utilise pour ce faire tout ce que la technologie moderne met à sa disposition : processeurs, rouages d’horloge, transistors, circuits intégrés et tutti quanti. Ainsi, mon téléviseur pourra-t-il connaître une seconde vie.

La première utile…

*

Mise au point

Contrairement à ce que de persistantes, et récentes, rumeurs ont voulu laisser entendre, je tiens à préciser que les affirmations voulant que j’aie visité le Salon des vins ne sont pas fondées. Je puis affirmer aujourd’hui en toute vérité que je ne n’ai aucun souvenir d’y être allé hier soir.

Pas plus que quelque autre souvenir non plus, d’ailleurs.

*

Jour 6 >>
Jour 7 >>

 

24 avril 2004 • Page 5/7