Jour 3
Je n’avais rien de mieux à faire hier soir que d’imaginer
des jeux. En voici un qui vous amusera peut-être. C’est
en quelque sorte un mélange de métacommunication,
de multimédia et du mot-mystère.
Dans le texte en italique qui suit, un message a été
caché. Le code peut paraître subtil, mais il est en
fait très simple. L’œil exercé constatera
que ledit texte est composé d’une étrange récurrence :
toutes ces courtes phrases commençant par « La
télévision, c’est… ». Elles
sont intercalées de manière apparemment arbitraire
entre les autres. Or il n’en est rien.
Qui ne se souvient pas de l’alphabet Morse que nous avons
tous appris en propédeutique de prématernelle? Eh
bien, ce texte en est une application! Les courtes phrases mentionnées
ci-dessus forment en quelque sorte les points. Les autres phrases
plus longues – qui constituent par ailleurs un texte suivi
si on extrait les « phrases-points » –
forment les tirets.
Chaque paragraphe représente un mot; chaque barre oblique
sépare deux lettres.
Si vous décodez correctement, vous découvrirez une
affirmation qui est devenu un incournable du XXIe siècle.
Hélas.
(P.-S. : Mon chat dit que je suis cinglé. Peut-être…
Mais au moins je ne suis pas atteint de trypanosomiase, moi.)
*
La
télévision, c’est plate. Il n’est
pas réalité plus affligeante que lorsque vient le
temps de constater à quoi en est réduit le plus extraordinaire
médium jamais inventé par l’espèce humaine.
La télévision, c’est con.
La télévision, c’est débile. /
La télévision, c’est bête. En ces
temps béni où les futurologues pouvaient encore envisager
que la transmission de l’image et du son par onde hertzienne
apporterait le savoir et la culture à tous, auraient-ils
pu envisager ce qui adviendrait de cette brillante invention?
En effet, que reste-t-il
de cet extraordinaire projet visant à faire de la race humaine
une communauté unie, soudée non par une seule et unique
culture de masse insipide, inodore et incolore, mais par la convergence
de l’ensemble de l’expérience humaine?
/ La télévision, c’est idiot. / La télévision,
c’est tordu. Que reste-t-il de cette noble ambition
consistant à ouvrir l’esprit des plus jeunes et des
plus vieux à la foisonnante diversité des cultures
humaines, suscitant du même coup la compréhension et
la tolérance? La télévision,
c’est ennuyeux. La télévision, c’est truqué.
/ La télévision, c’est abrutissant. / La télévision,
c’est borné. La télévision, c’est
demeuré. La télévision, c’est factice.
Il ne reste plus rien qui vaille la peine d’être souligné;
rien qui puisse constituer la moindre circonstance atténuante
quant à l’affliction générale.
/ La télévision, c’est stupide. La télévision,
c’est sot. / La télévision, c’est crétin.
La télévision, c’est fourbe. La télévision,
c’est consternant. / La télévision, c’est
taré. La télévision, c’est rasoir. /
Il suffit de constater ce qu’on offre en pâture dans
ce qui est convenu d’appeler le créneau de grande écoute
s’adressant aux larges auditoires qui, par défaut,
ont renoncé à attendre la moindre qualité de
la part des diffuseurs. On compte quantité de quiz et de
séries qui ne cessent de se copier les unes les autres, de
telle sorte que la plupart des émissions semblent toutes
issues du même laboratoire de clonage. Il ne faut pas oublier,
afin de faire bonne mesure, l’ensemble des émissions
à caractère sportif qui ne servent à rien d’autre
qu’à permettre d’afficher le plus souvent possible
des produits de consommation courante. /
Que dire, en outre, des émissions d’intérêt
public où semblent ne se côtoyer que des individus
partageant la plupart du temps les mêmes opinions? La
télévision, c’est épais.
Ou à tout
le moins qui paraissent avoir appris de concert les répliques
qu’ils échangent avec une condescendances empreinte
de la plus méprisable suffisance? La
télévision, c’est faux. Ils n’ont
d’égaux que les lecteurs et commentateurs de nouvelles
que l’on retrouve à tous les journaux télévisés.
La télévision, c’est ringard. / La télévision,
c’est nul. / La télévision, c’est mensonger.
La télévision, c’est assommant. La télévision,
c’est barbant. / Il importe d’ailleurs bien peu
de savoir pour quelle chaîne ils travaillent, puisque, de
toute façon, ils charrient tous les mêmes lieux communs,
les mêmes opinions vaines et surfaites.
La
télévision, c’est lamentable. Quant à
ce dernier point, qui n’a pas remarqué à quel
point les manchettes sont répétées ad nauseam,
sans jamais qu’une pointe de variété, ou d’analyse,
vienne interpeller le téléspectateur?
La télévision, c’est fatigant. La télévision,
c’est sournois. / On en dégage l’impression
que l’information est aussi soigneusement orchestrée
qu’un bal infiniment répété. À
tel point que n’importe qui peut, à juste titre, se
demander si cette « information » préfabriquée
n’est pas plutôt une forme subtile de contrôle
des consciences. Mais ce qui constitue le point le plus navrant
de ce spectacle affligeant se trouve ailleurs et agit de manière
encore plus insidieuse. / La télévision,
c’est absurde. La télévision, quelle
que soit la région du monde où elle est assénée
aux individus a pris une tangente extrêmement dangereuse.
En effet, elle s’est faite le véhicule d’une
uniformisation culturelle au profit d’un seul modèle,
d’un seul système de référence. La
télévision, c’est artificiel. / La télévision,
c’est inepte. La télévision, c’est frelaté.
/ La télévision, c’est chiant. La télévision,
c’est arriéré. Non seulement s’agit-il
du modèle de la puissance dominante, mais, en plus d’être
le modèle états-unien, il s’agit du modèle
états-unien de la classe moyenne aisée. /
Certes, d’une certaine manière, on pourrait concéder
que la chose serait en soi valable si, effectivement, la majorité
de la population de ce pays vivait de cette manière. Mais
nous savons fort bien, en Amérique du Nord, que la réalité
est tout autre; qu’une part importante de la population est
confrontée à des conditions de vie bien inférieures.
D’ailleurs,
parmi les personnes qui jouissent de ce style de vie, nombre d’entre
elles peuvent le perdre à tout moment.
La télévision, c’est médiocre. La télévision,
c’est cucul. / La télévision, c’est niaiseux.
La télévision, c’est infantilisant. Cependant,
peu de gens ailleurs dans le monde sont au courant de cette vérité
fondamentale et plusieurs ont été gagnés par
ce mensonge ambiant.
La
télévision, c’est dénaturé.
La télévision n’est plus l’outil au service
de la majorité, ce rôle que des personnes bien intentionnées
avaient rêvé pour elle. Elle est devenu un instrument
– une arme en fait – servant les intérêts
de ceux qui contrôlent les circuits économiques.
La télévision, c’est honteux. / La télévision,
c’est niochon. / La télévision, c’est
merdique. La télévision, c’est tannant.
Une arme servant tout autant à créer des besoins artificiels
et à fournir les moyens de les assouvir, qu’à
exercer un contrôle certain, une emprise, sur la pensée
humaine. / La télévision, c’est
vide. L’illusion est parfaite, car quel « téléphage »
un tant soi peu assidu peut avoir l’impression d’être
mal informé? Ne lui a-t-on pas expliqué tout ce qu’il
avait besoin de savoir pour perpétuer l’ordre établi,
et surtout qui croire et quoi aimer? La télévision,
c’est inquiétant. / La télévision, c’est
casse-pieds. Soyez assuré que la télévision
ne vous enseignera jamais à critiquer le discours dominant,
et encore moins à remettre en question l’emprise que
ses magnats exercent sur elle. La télévision,
c’est insipide. La télévision, c’est véreux.
/ La télévision, c’est Péladeau.
*

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