Le grand défi
par Luc Asselin
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Mes chers amis, cette semaine, ne reculant devant aucun sacrifice
afin de mieux servir nos lecteurs, Corne de Brume m’a dépêché
afin de mener une expérience des plus risquées. En
effet, du 19 au 25 avril, le site Adbusters incite le public à
passer une semaine sans télévision. Aussi ai-je été
nommé volontaire à l’unanimité afin de
rendre compte de cette expérience bizarre et, nul doute,
pleine de risques.
C’est donc avec appréhension que je vous livrerai
mon journal de cette expérience. Pour l’heure, et afin
de vous encourager à suivre mon exemple, je vous présente
le texte d’introduction du site Adbusters, ainsi que son hyperlien.
Le lecteur francophone trouvera à la suite une traduction
du texte anglais pour laquelle le ministère des Travaux publics
du Canada a généreusement versé une subvention
de 18 642 $. J’ai bien entendu téléphoné
à ses bureaux afin de remercier la personne responsable de
cette initiative, mais, apparemment, personne n’était
au courant de quoi que ce soit…
*

TV turn-off week April 19-25 2004
What happens during a seven-day experiment in life without
TV? A whole new space to think emerges. You find yourself passing
time in ways you never expected. And you start to wonder: when I
reach for the remote, who is really in control?
TV Turnoff 2004 is no ordinary social ritual. Sure, it’s
a statement against the dead-end couch culture. But when millions
of people let the screen fade to black this year, they’ll
also be helping to build the Media Carta movement – the human
rights battle of our information age.
Fewer and fewer people control the media that shapes our worldview.
And nowhere does this play out worse than on our televisions, where
the corporate agenda reigns supreme. Last year, MTV, the factory
of teenage-cool, proved the point perfectly. By refusing to air
our spots, they let sponsors trump free speech. That's no recipe
for a healthy democracy.
With the Media Carta movement, we're fighting back –
for the right of all citizens to access society’s most powerful
forms of communication.
So, while your making your TV Turnoff plans for this year and
looking through the action ideas, website links, reports, MP3s,
Posters and updates – check out the Media Carta Campaign.
Read the manifesto and pledge your support.
www.adbusters.org
*
Télévision semaine
éteinte avril 19 à 25 2004
Qu’arrive-t-il pendant une sept jours expérience dans
la vie sans télévision? Un trou nouvel espace de pensée
surgit! Vous vous trouvez vous-même en train de passer dans
le temps en direction inattendue. Et vous débutez de fasciner :
quand j’atteins l’éloigné, qui est réellement
dans le contrôle?
Télévision semaine éteinte 2004 n’est
pas un rituel social ordinairement. Sûr bien, c’est
une phrase contre le cul-de-sac de culture causeuse. Mais quand
les millions des personnes laissent l’écran fondre
en noir cette année, ils aideront aussi à construire
le mouvement Média Carta : la bataille humaine de droites
de notre ère informative.
Moins et moins de personnes contrôlent le médium qui
forme notre vue mondiale. Nulle part, cela se joue-t-il pire que
sur nos télévisions, où notre alphapage de
sociétés règne suprêmement. L’an
passé, MTV, la manufacture de fraîcheur adolescente,
a prouvé le point parfaitement. Par refus d’aérer
nos taches, ils ont laissé les sponsors trompeter la liberté
de discours. Cela n’est pas la recette d’une démocratie
hygiénique.
Avec le mouvement Média Carta, nous combattons derrière
– pour la droite de tous les citoyens d’accéder
aux formes les plus puissantes des sociétés de communication.
*
La morale de cette histoire : « C’est
pas parce qu’on n’écoute pas la télé
qu’on n’a rien à faire. »
*
Jour 1
Pour l’instant, les choses se déroulent à peu
près normalement. Je suis un peu étonné de
voir avec quelle facilité j’apprivoise mon espace-temps
sans le soutien télévisuel. En effet, après
la journée de travail, normalement, j’allume le téléviseur
tandis que je prépare le repas du soir. Aujourd’hui,
je n’ai que la radio qui me fournit une sorte de bruit de
fond. Il s’agit d’une présence, si j’ose
dire, quelque peu étrange, car j’associe davantage
la radio à mes heures de labeur. La télévision,
par définition, étant un médium accompagnant
mes heures de détente. Mais bon, il s’agit d’une
adaptation relativement anodine. Quoique je ne me sente pas « à
la job », je suis étonné par l’activité
que je déploie dans la cuisine. Mon chaud-froid au suprême
de volaille s’annonce délicieux, tandis que ma galantine
de veau périgourdine achève de figer dans le réfrigérateur.
Afin de ne pas être en reste, j’improvise un petit dessert
vite fait. Même si j’éprouve quelque difficulté
avec la meringue, mon île flottante est à point.
Heureusement, j’avais prévu le coup pour mon premier
soir de sevrage. Je me suis gardé un peu de travail au cas
où j’éprouverais le besoin de m’occuper.
Évidemment, je n’ai pas réservé pour
l’occasion quelque chose de très compliqué,
car je ne voulais surtout pas me casser la tête. Par malheur,
et bien qu’il s’agisse de tenue de livre, mes tâches
ne m’occupent pas assez pour faire passer la soirée
au complet. Puisque je réussis à prendre une certaine
avance, je résous de faire le ménage de mon classeur
– je suis travailleur autonome –, celui de mon disque
dur ainsi que celui de mes tiroirs de bureau.
Une fois ces quelques broutilles achevées, je constate avec
une évidente surprise qu’il fait encore clair dehors.
Un peu désœuvré tout de même, je décide
d’enfiler ma combinaison de sport et de sauter sur mon vélo,
direction le parc où une étendue gazonnée,
quoique encore jaunie, est assez sèche pour me permettre
de jouer avec mon ballon de soccer. Après une bonne suée,
alors que la lumière décline franchement, je décide
de rentrer. Malgré l’étonnante douceur du temps
en ce 19 avril, l’obscurité amène une certaine
fraîcheur.
Une fois à la maison, je prends une douche, je passe l’aspirateur,
je cire les parquets, je fais quatre petites lessives, un peu de
ménage et la vaisselle.
Assis sur le divan du salon, je me demande comment occuper le reste
de ma soirée. J’avise mon jeu de dominos qui traîne
sur une tablette de la bibliothèque. Hélas, je suis
seul. Qu’à cela ne tienne, j’appelle mon chat.
Il faut bien un peu de temps, mais après quelques explications,
il semble avoir compris les règles de base et nous nous lançons
dans une partie en règle. L’animal a le cul bordé
de nouilles et je me fais littéralement étriller –
tout au moins pendant la première manche. Il semble me narguer
derrière ses paupières à demi closes à
chaque fois qu’il abat une pièce gagnante. Cependant,
ma patience et ma science du jeu finissent par payer. Lors de la
dernière ronde, je lui assène avec ma dernière
pièce un score de 20, sans compter les points qu’il
lui reste sous la patte. Résultat, je remporte deux des trois
manches de la partie. Dégoûté, minou ne m’adressera
plus la parole de la soirée, laquelle tire d’ailleurs
à sa fin. Avant de dormir, je prends le temps de lire deux
revues, un album de bandes dessinées et la fin d’un
roman de Dostoïevski qui traînait sur ma table de chevet
depuis une éternité.
Enfin, une fois ma toilette terminée – je passe les
détails quant à ce dernier point –, je me glisse
entre mes draps en me disant que cette première soirée
me laisse quelque peu ambivalent. Certes, quant à ses bons
côtés, le sevrage de télévision permet
d’être plus actif. Cependant, quant à ses mauvais
côtés, il n’a pas amené les hallucinations
anticipées.
Avant de sombrer dans le sommeil, mon chat m’a demandé,
entre deux lampées de bourbon, une revanche de dominos pour
le lendemain avec son agaçante petite voix de tête.
Je lui ai répondu que je n’aimais pas qu’il boive
si tard.
« Comment ça “si tard”? me demanda-t-il.
Il n’est que huit heures et demie! »
*
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