Le chaud et le froid
Luc Chartrand, L’actualité,
1er mai 2004
Le réchauffement climatique a des effets négatifs,
mais aussi des effets positifs. Pourquoi n’entendons-nous
parler que des premiers et rarement des seconds?
Le fait que l’effet de serre ait déjà commencé
à réchauffer la Terre est certes de moins en moins
contesté. (...)
Cela étant dit, un changement de 1° des températures
moyennes est un fait objectif. Ni foncièrement bon,
ni foncièrement mauvais. Il n’existe en effet aucune
prescription scientifique sur la moyenne souhaitable pour la température
terrestre. (...)
Il est donc logique de penser que les changements liés à
un réchauffement climatique se partagent à peu près
également entre ceux qui ont des effets «positifs»
et ceux qui ont des effets «négatifs». Les centres
de skis perdront de l’argent? Les terrains de golf en gagneront
davantage! (...)
Pourquoi alors n’entend-on jamais parler que de l’apocalypse
climatique? C’est parce que la théorie du réchauffement
climatique sert désormais davantage à nourrir une
vision morale et politique du monde qu’à comprendre
le fonctionnement. L’effet de serre, c’est le procès
d’un mode de vie, celui fondé sur l’automobile,
les grandes pétrolières et George W. Bush. Ceux qui
s’en alarment le plus en ont moins contre une élévation
de la température que contre le capitalisme et la mondialisation
de l’économie. Imaginons un instant qu’un refroidissement
du climat soit plutôt au programme. Les mêmes esprits
y trouveraient rapidement un nouveau scénario de fin du monde.
Toutes choses étant égales par ailleurs, mieux vaut
se préparer au pire vêtus pour le carnaval de Rio que
pour le carnaval de Québec!
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L’anti-publicité, ou la haine de la gaieté
Robert Redeker, Le Monde, 10 avril 2004
La marchandise circule grâce à la publicité,
dont elle est le laissez-passer. Sans publicité, c’est-à-dire
sans la circulation des marchandises produites, la création
(la conception, puis la fabrication, de nouveaux produits) devient
impossible.
La mort de la publicité serait aussi celle de la créativité
industrielle. Le mythe primitiviste du bon sauvage et de la bonne
communauté se réincarne dans l’anti-pub. Au
contraire du rêve «campaniliste», la publicité
est, planétairement, une sorte de réseau vital, transportant
partout l’image des marchandises fabriquées ici ou
là, suscitant partout le désir de leur consommation.
Dès lors, la publicité décloisonne et déterritorialise
les sociétés et les hommes bien plus que toute autre
pratique, formant une sorte de liant universel, de colle par laquelle
les hommes tiennent les uns aux autres.
Alors que les religions cloisonnent – de nos jours, postérieurement
à la «mort de Dieu», toute foi s’est éteinte
au profit de la religion comme affirmation culturelle identitaire
–, opposent les civilisations les unes aux autres, la publicité
décloisonne, relie. Si religion vient de relier,
religare, la publicité relie désormais mieux
que les religions. Elle fonctionne à l’inverse des
religions: le message religieux est une déclaration forte
et exclusiviste, un discours plein, ancrant les hommes dans une
civilisation, tandis que le message publicitaire attache les hommes
par le plus petit commun dénominateur, les déracine
par des déclarations aussi minimalistes que planétaires,
les poussant à évoluer dans un univers plus ouvert
quoique de moindre consistance. Appuyé sur un imaginaire
rousseauiste, inconsciemment communautariste, le mouvement anti-pub
encourt le risque de nier les avantages de la mondialisation.
(...)
Contrairement à ce que tonitrue la vulgate anti-pub, publicité
et propagande ne sont pas identiques. La publicité séduit
et relance le désir. Le désir est sa matière
première, même si c’est pour le détourner
vers la marchandise. Or le désir est cette faculté
humaine que les animaux, sans imaginaire et bornés au besoin,
ne partagent pas. La publicité développe le désir
dans le but de le mouler dans une forme aussi universelle que superficielle.
Suscitant du désir, la publicité humanise, nous rendant,
au même titre que la raison, plus hommes, tandis que la propagande
met à mort le désir, l’anéantit. La publicité
exalte le désir d’être un individu, d’être
soi, d’être unique, tandis que la propagande exalte
la mort de ce désir d’être soi, elle exalte le
refus d’être soi, poussant à se taire et à
marcher au pas, à se fondre dans la masse humaine. La publicité
s’articule à Eros et à l’envie de vivre,
tandis que la propagande renvoie à la pulsion de mort, cultivant
les tendances morbides de l’humanité.
LeMonde.fr
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Pour en savoir plus sur le jovialisme, lire Les enfants de
Winston, Essai sur le jovialisme de Laurent
Laplante, publié chez Anne
Sigier. Pour lire un article de Louis Cornelier, du Devoir,
au sujet de cet ouvrage, cliquez
ici.
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Le droit à l’existence
Normand Thériault, Le Devoir, 10
avril 2004
Tolérance, respect, ces valeurs sont loin d’avoir
la cote. Et là encore, l’auraient-elles qu’elles
ne cacheraient point les torts causés par d’autres
valeurs, celles qui sous-tendent le fonctionnement des sociétés
avancées. Le succès individuel y est devenu la norme
et il se mesure en termes de gains et de pertes individuels. (...)
La consommation est, dans ces pays, devenue une nécessité:
le moteur de l’économie est alimenté par un
remplacement incessant des biens et produits de base, entraînant
le gaspillage des ressources et une pollution de tous les environnements,
tant physiques que mentaux ou culturels. L’espace collectif
est ainsi la somme des espaces individuels, où le lieu de
chacun ne peut déborder sur le territoire de l’autre.
L’aventure collective n’a alors plus de raison d’être.
LeDevoir.com
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Le Monde: «Renoncez à la paresse, réveillez
le capitaliste!»
Encore une mise en page «miraculeuse» du site du Monde
qui ne doit rien au hasard, à moins que le hasard ne soit,
lui aussi, payé par la publicité.
Acrimed.org
Une majorité de Français attribuent l’exclusion
à la paresse et non plus aux injustices sociales
Le Monde, 9 avril 2004
LeMonde.fr
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