Où étaient-ils?
par Luc Asselin
«Intolérable», «inacceptable», «ignoble»;
les mots ne manquaient pas cette semaine pour qualifier –
avec raison – l’incendie de la bibliothèque de
l’école élémentaire Talmud Torah Unie,
dans l’arrondissement Saint-Laurent. Dans la foulée
du directeur de l’établissement lui-même, M.
Sydney Benudiz, tous les groupes du Québec, qu’ils
soient religieux, politiques, syndicaux ou autres, se sont ralliés
pour dénoncer cet acte d’agression raciste pur et simple.
Personne n’a voulu être en reste; personne n’a
voulu attendre une quelconque revendication de ce qu’on n’a
pas hésité à appeler un «acte terroriste
pur et simple ». Aux yeux de tous, il s’agissait manifestement
d’un crime haineux dont l’objectif était d’attaquer
un groupe ethnique en particulier.
Tous les organismes religieux, qu’ils soient chrétiens,
musulmans ou juifs, ont réprouvé cet acte infamant
et n’ont pas hésité à le condamner. À
ces voix se sont jointes quantités d’autres provenant
du monde des arts, des affaires et de la politique. Ainsi, les chefs
des partis libéraux du Canada et du Québec sont intervenus
personnellement pour décrier ce geste à bon droit
inacceptable et pour apporter leur soutien à la communauté
juive montréalaise si durement touchée par un geste
gratuit et répréhensible guidé exclusivement
par un sentiment haineux indigne d’une société
civilisée.
L’unanimité s’est rapidement créée
autour du fait que de tels actes mettent l’accent sur le refus
de l’autre et sur le désir de nier son existence et
son droit à s’épanouir là où il
a choisi de vivre. Selon les critiques les plus virulents, ce type
d’action est inadmissible dans une société où
le respect des droits et des libertés est érigé
en valeur suprême et où il guide non seulement les
législateurs, mais aussi les gouvernements dans leurs actions
et leur administration de notre pays.
Car il n’est rien de plus sacré que le respect de
la personne, du droit de l’individu à pouvoir non seulement
vivre en paix, mais aussi à s’exprimer, affranchi de
toute contrainte. Ce droit inaliénable, en toutes circonstances,
ne peut s’accommoder de la moindre entorse et doit être
placé au-dessus de tous les débats politiques et de
toutes les contraintes partisanes.
Voilà le message que les gens qui ont voulu intervenir ont
lancé dans les médias à la suite du geste inqualifiable
dont l’école élémentaire Talmud Torah
Unie a été la malheureuse victime. Et, évidemment,
j’appuie de tout cœur ces interventions qui me rendent
si fier d’appartenir à une société égalitaire
et respectueuse de la personne.
Il n’y a qu’une chose qui m’échappe. Où
étaient-ils tous, ces chantres des droits de la personne,
en 1970, quand l’État jetait en prison qui bon lui
semblait?
Une épidémie de laryngite, sans doute.
Vous savez, c’est fréquent en octobre…
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