L’alarme à
l’œil
par Luc Asselin
Youpi, les amis! On a appris dernièrement qu’une
AUTRE formation de gauche allait voir le jour au Québec sous
l’égide et l’impulsion distinguée de Mme
Françoise David.
Cette nouvelle formation féministe, prônant les valeurs
de gauche mais pas nécessairement la souveraineté,
doit faire son apparition sur la scène politique prochainement.
Elle devrait juger par la suite de la pertinence de former bloc
avec l’Union des Forces Progressistes, mieux connue sous le
sigle UFP, ainsi qu’avec le Parti Vert.
L’Option citoyenne – c’est son nom provisoire
– pourra ainsi s’insérer dans une longue et fructueuse
lignée de partis de gauche bien de chez nous, comme le Parti
de la Démocratie Socialiste (PDS), le Rassemblement pour
une Alternative Politique (RAP) et l’UFP qui ont tous connu
leur heure de gloire à un moment ou à un autre dans
notre histoire récente. Qui, en effet, n’a pas entendu
parler de ces formations, et qui n’a pas voté pour
elles. Rien qu’à titre d’exemple, aux dernières
élections provinciales, alors que les conditions étaient
plus favorables que jamais entre un Parti Québécois
discrédité et un Parti Libéral agité
comme un épouvantail de droite, les forces de gauche ont
réussi à récolter un ronflant 1,6% du vote.
Qu’est-ce qui explique ces insuffisances chroniques des formations
de gauche sur l’échiquier politique? Certes, si vous
leur demandez, elles vous répondront que l’indifférence
des médias, le manque de financement étatique et surtout
l’absence d’un scrutin proportionnel leur ont considérablement
nui.
Elles devraient savoir, pourtant, que la politique n’est
pas comme la psychologie. Pour changer l’ordre établi,
il ne faut pas attendre qu’il veuille changer par lui-même.
Comment disait Jean de La Fontaine, déjà: «Aide-toi,
le Ciel t’aidera»(1)?…
Il y a une autre raison, encore plus délétère,
qu’elles n’invoqueront jamais et qui est pourtant à
la racine du problème: la division. Oui, c’est bien
beau se gargariser du mot «solidarité» dans les
réunions enfumées(2)
et les manifestations, mais si on ne la pratique pas, elle restera
lettre morte. Et un parti, quel qu’il soit, qui ne pratique
jamais ce qu’il prône est rapidement discrédité
aux yeux de la population.
Les électeurs ne sont peut-être pas toujours bien
informés, mais ils ne sont pas pour autant stupides…
Alors, grâce à l’Option citoyenne, voici que
le vote progressiste va se fractionner une nouvelle fois, se morceler,
se briser, s’atomiser en fine poussière. Nul doute
que la gauche québécoise réussira à
arracher une part plus importante des suffrages aux prochaines élections.
Avec un peu de chance, sa coalition ira peut-être en ramasser
2%.
J’entends d’ailleurs les gauchistes eux-mêmes
me reprocher mon scepticisme – pour ne pas dire mon pessimisme.
Qu’ils aient raison ou tort importe peu. Disons simplement
que s’ils dépensaient la moitié des énergies
qu’ils investissent en luttes intestines à faire avancer
la cause des travailleurs, il y aurait belle lurette qu’ils
auraient des députés siégeant à l’Assemblée,
et ce, sous une seule et même bannière.
En tout cas, je ne crois pas que le Conseil du patronat ait pour
autant la gauche à l’œil ou soit à la veille
de lancer un signal d’alarme…
Sots, sots, sots : solidarité!
*
1. Fable Le chartier embourbé.
2. J’en parle en connaissance de cause, car je m’y suis
trouvé souvent moi-même, non-fumeur et dépité…
|