Le grand Jacques en réponse à «Lanctôt-les-culottes»
par Luc Asselin
Extrait
au bas de cette page
Tout d’abord, eh oui, un Irlandais symbole de l’impérialisme
britannique. En d’autres lieux et en d’autre temps,
on appelait ça des «collabos». Mais, évidemment,
le Québec est un des rares endroits au monde où on
voue une forme de culte à ce genre de personnages, comme
le prouvent les déballages survenus dans le cadre de certaines
funérailles nationales pas si lointaines.
Le témoignage de M. Lanctôt semble anachronique? Sans
doute avez-vous raison. Mais le véritable regret que nous
formulons tous les trois, MM. Falardeau, Lanctôt et moi –
puisque, à vous en croire, nous sommes les seuls –,
est que tant de gens aujourd’hui aient perdu de vue la légitimité
de la cause qui était défendue alors. Les moyens utilisés
vous répugnent? Je vous comprends tout à fait. Vous
admettrez pourtant avec moi que l’on ne risque guère
de changer l’ordre établi avec des bouts de papier,
fussent-ils pliés dans des boîtes en carton ou imprimés
en demi-page dans un hebdomadaire.
M. Lanctôt ne dit pas un mot au sujet de son otage? C’est
tout à fait exact. Mais qu’eussiez-vous écrit
s’il s’était montré hargneux, ému
ou intransigeant à son endroit? De quelles injures l’auriez-vous
alors abreuvé? Dans sa position, il n’y a que l’objectivité,
voire la froideur, qui soit de mise.
Souvenez-vous, M. Lévesque, que ceux qui ont agi –
en bien ou en mal, je vous laisse seul juge – selon leurs
principes et leur conscience sont TOUJOURS crucifiés sur
la place publique par ceux qui n’ont ni les uns ni l’autre.
Gardez-vous que le jugement tranché que vous portez aujourd’hui
ne se retourne, dans trente ans, contre vous.
Vous ébauchez subrepticement l’injuste incarcération
de James R. Cross. Et vous avez encore une fois raison. C’est
toutefois curieux que, dans les circonstances, vous ne mentionniez
pas l’effet de la Loi sur les mesures de guerre en contrepoint.
Sans doute un oubli fâcheux dû à l’indignation…
En terminant, permettez-moi d’être fair-play et de
vous avouer la vérité : nous ne sommes pas que trois
à défendre la «cause légitime».
Je soupçonne même que vous l’avez défendue
aussi, un jour.
P.S. : Pour ma part, je ne vis pas des subventions gouvernementales.
Mais si cela m’était possible, je le ferais, car s’il
m’indispose de donner de l’argent à mes adversaires,
je trouve tout à fait légitime d’employer leurs
propres ressources pour les combattre.
*
Extrait
L’Irlandais impérialiste
Robert Lévesque,
«Le carnet», Ici, vol. 7, n° 24, 11 mars
2004, p. 22.
Mon sujet préféré, finalement, décidai-je,
ce sera Lanctôt. Lanctôt le terroriste d’octobre
70 tel qu’on peut le voir dans L’otage à
Ex-Centris. On sort de cet excellent documentaire de Carl Leblanc
en se demandant si cet homme-là, aujourd’hui éditeur,
est intellectuellement idiot ou humainement salaud. Allez-y, vous
verrez un individu qui, plus de 30 ans après la crise d’octobre,
non seulement n’a pas un mot envers son orage James Richard
Cross, mais ne semble pas avoir la moindre analyse objective de
ces événements.
Son attitude est exactement la même que s’il avait
été interrogé à chaud trois semaines
après les faits et son exil à Cuba. Voyons son argumentaire.
1) Il défendait une cause légitime. 2) Ils n’ont
jamais molesté le diplomate. 3) Ils n’étaient
pas de vrais terroristes. 4) Ils ne seraient jamais passés
aux actes malgré les ultimatums lancés aux gouvernements.
5) Cross n’était qu’un symbole de l’impérialisme
britannique… On entend ça, en 2004, et on croit rêver.
D’abord, un Irlandais comme symbole de l’impérialisme
britannique, c’est pas mal, non? La cellule Libération
de Lanctôt ne connaissait donc pas la petite nationalité
du diplomate qu’ils kidnappaient. Cela pourrait sans doute
laisser à penser qu’ils n’étaient pas
«de vrais terroristes», en effet, mais cela n’empêche
pas que ces Bozo-les-culottes de 1970 ont séquestré
un homme durant deux mois et que cet homme, coupé du monde,
fut confronté journellement à sa mort.
Quant à la «cause légitime», que Lanctôt
défendait encore dans le courrier des lecteurs de La
Presse le 5 mars dernier en la plaçant au niveau de
la création des États-Unis en 1776 et de celle d’Israël
en 1948, elle a bon dos, cette «cause nationale», qui
n’a plus que des Falardeau et des Lanctôt pour la soutenir,
eux qui vivent aux crochets de subventions gouvernementales, surtout
fédérales.
Intellectuellement imbécile ou humainement salaud, c’est
au choix, car ce Lanctôt-les-culottes ne semble pas comprendre
(même s’il évoque l’hypothèse du
bout de ses lèvres hypocrites) que le 5 octobre 1970 il n’a
entrepris rien d’autre que de la détruire, cette «cause»,
et, n’ayant aucune compassion envers James Richard Cross,
on l’entend au contraire se gausser de lui avoir fait connaître
«le pâté chinois, qui n’est pas du manger
de consul». Lamentable. Et con.
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