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Causes perdues

«Il est plus difficile de désagréger un préjugé qu’un atome.»

*

Tintin au Congo… ou en Haïti
Pierre Beaudet, Alternatives, 9 mars 2004

La chronique de samedi dernier de Denise Bombardier (6 mars) reflète bien ce que beaucoup de monde pense en cette ère de désordre et de chaos. Des pays, voire des régions entières, sont ingouvernables, ce sont des «causes perdues». Les élites locales ont échoué, de par leur propre faute (alors qu’ils ne font que blâmer les autres). Ce sont ce que des politologues américains ont défini de «failed states» (les États en faillite). Seule solution, la «communauté internationale» (les pays riches) doit les sauver, même contre leur propre volonté, car sans cela, les gens vont continuer à mourir et à s’entre-tuer.

D’emblée, cette vision du monde n’est pas nouvelle. En d’autres lieux et avec d’autres mots, les puissances coloniales, la France et la Grande-Bretagne notamment, ont justifié leurs conquêtes par cette volonté de «civiliser», de «sauver des vies», de «détruire la barbarie». «Tintin au Congo», qui était une manière populaire de présenter une vision du monde à des générations d’enfants occidentaux, était dans un sens un bon reflet de tout cela. Les Blancs sont des papas, les Africains sont des enfants.
Alternatives.ca


Une nouvelle leçon des maitres de la démocratie: l’intervention franco-américaine en Haiti

Alfred, Mélanine, 13 mars 2004

On prend les mêmes et on recommence. L’aventure haïtienne nous aura en effet montré, si l’on en croit les appareils officiels de propagande de nos deux pays (certains les appellent media), que lorsqu’il s’agit de remettre les sauvages sur le chemin de la démocratie, la France et les USA peuvent finalement bien s’entendre. C’est que ce n’est pas la première fois qu’on les aide, ces bouffons caribéens, c’en devient même pénible.
Mélanine.org

 

 
Richard Desjardins



Autochtones et Blancs, nous sommes tous les serviteurs des compagnies

Extraits du discours prononcé par Richard Desjardins alors qu’il recevait un doctorat honoris causa de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue. Le Devoir, 13 mars 2004


Début 1980, je suis recherchiste pour un documentaire que réalisent mes amis Robert Monderie et Daniel Corvec. Invitée par la CSN, une équipe américaine de chercheurs en médecine industrielle s’en vient étudier pour la première fois les effets combinés des métaux lourds sur la santé des travailleurs de la fonderie. Le film s’appelait simplement Noranda. [...]

La compagnie refuse de participer à l’enquête, mais les 900 hommes se soumettent volontairement aux tests en dehors de leurs heures d’ouvrage. Juste à l’examen physique sommaire, ils découvrent cinq cancers des poumons. En fouillant dans des études qui avaient été conduites sur la santé de la population, je m’aperçois que le taux de plomb dans le sang des enfants du quartier avoisinant l’usine dépassait le seuil toléré par l’Organisation mondiale de la santé. Le plomb ralentit la vitesse de l’influx nerveux. Une corrélation avait déjà été établie, ailleurs, entre le taux de plomb et les résultats scolaires.

Alors que nous étions en salle de montage, notre producteur, Radio-Québec, a reçu une lettre des avocats de la compagnie l’avertissant de faire bien attention, sinon, dommages et intérêts. Ça adonnait mal pour elle, on était tous sur le BS. Tout ce que je possédais, c’était une guitare, mais ils ne savent pas en jouer. La compagnie a acheté des pages entières dans La Frontière pour contrecarrer nos affirmations, mais quelques années plus tard, elle faisait arracher, à ses frais, toutes les pelouses du quartier Notre-Dame pour en poser de flambant neuves. [...]
LeDevoir.com

«Squatters dans notre propre pays»
2e partie du texte de Richard Desjardins

LeDevoir.com

 

 
Make money. Salut, bonsoir!

«Ne fais jamais rien contre ta conscience, même si l’État te le demande.»

*

Make money. Salut, bonsoir!
Un film de Christian M. Fournier et Martin Frigon


Usine toxique

Vanessa Quintal, Voir, 11 mars 2004

Depuis la dernière coulée de cuivre (de l’usine Gaspé à Murdochville, filiale de la multinationale Noranda), en août 2002, jusqu’à aujourd’hui, on suit la bataille que mènent d’ex-employés de l’usine. Ils se battent pour obtenir un dédommagement de la compagnie qui a préféré s’installer au Chili, ils se battent pour que le gouvernement ne les laisse pas tomber, ils se battent également contre la maladie. Car pendant toutes ces années, la compagnie acheta, à moindre prix, ce qu’on appelle du «rebus», c’est-à-dire des minerais qui contiennent du cuivre, mais celui-ci doit être extrait d’un paquet de cochonneries comme le béryllium, substance hautement toxique. Certains en sont morts et d’autres, encore jeunes, voient leur santé hypothéquée à jamais. (...)

Ce n’est pas tout: la compagnie Noranda a pris soin de faire signer des quittances à ses anciens employés: ils obtiennent ainsi une prime, mais s’engagent à ne jamais la poursuivre. Un petit groupe de huit hommes (sur 300!), les figures centrales du film, refusèrent le marché. En 2003, ils apprirent que depuis 10 ans, la compagnie, la direction de la santé, les CLSC de la région et le syndicat des métallos savaient que la concentration en béryllium dépassait de 250 fois la norme... Ils poursuivent aujourd’hui la compagnie Noranda au criminel et gardent l’espoir, peut-être insensé, que justice leur soit rendue.
Voir.ca


Des films comme une fronde...

À propos de l’industrialisation du documentaire
Martin Frigon, Nouvelles «vues» sur le cinéma Québécois, hiver 2004

Je suis de ceux qui pensent qu’il faut résister à la transformation du monde en espace marchand. Il faut donc, dans le cas qui nous intéresse, investir sérieusement dans ce cinéma de la «marge» qu’est, entre autres, le documentaire. Ce cinéma «mineur» est un terreau fertile pour la réflexion et la transformation de notre société en un monde meilleur. Ce cinéma autorise une distance entre le monde et nous, participe à l’éveil des masses, fouette le sens civique, incite à prendre part à l’Histoire qui se fait. C’est pourquoi il faut continuer à se battre contre le cynisme des penseurs de la post-modernité, du sacro-saint modèle néo-libéral et de son industrie du spectacle qui consacre la défaite de la pensée.
Cinema-Quebecois.net

 

14 mars 2004 • Page 3/8