| 
Les taux de taxation élevés ne font pas fuir les
investisseurs
Ce n’est pas nous qui le disons, c’est l’OMC!
Léo-Paul Lauzon, L’aut’journal,
mars 2004, no 227
Lautjournal.info
Il n’y a pas plus menteur que le patronat et leurs politiciens
et économistes de service lorsqu’ils prétendent
que les compagnies sont surtaxées et qu’en baissant
leurs impôts, comme l’ont fait le gouvernement fédéral
et le gouvernement Charest, nos entreprises seraient moins compétitives.
Ils disent que la défiscalisation leur permettra d’investir
massivement, de créer des tonnes de nouveaux emplois, de
créer de la richesse pour tous. Tout ce baratin est fallacieux.
Dans un article du journal Le Devoir du 12 janvier 2002
intitulé «Le Canada est dans le peloton de tête
des pays les plus mondialisés», une enquête de
l’Organisation mondiale du commerce (OMC) montre qu’il
y a «peu de preuves que les taux de taxation élevés
fassent fuir les investisseurs qui semblent plus préoccupés
par les perspectives économiques, les infrastructures offertes,
le niveau d’instruction et d’autres indicateurs fondamentaux».
C’est pas moi qui le dis, mais bel et bien l’organisme
très à droite qu’est l’OMC.
Vous voulez d’autres preuves factuelles? Dans un article
du Journal de Montréal du 30 janvier 2002 intitulé
«Le Canada est le meilleur pays où gérer une
entreprise», on pouvait lire ce qui suit: «Une étude
de la firme KPMG classe le Canada au premier rang des pays industrialisés
pour ce qui est de la compétitivité des coûts
des entreprises. L’étude de 2002 est la troisième
qui place ainsi le Canada au sommet du classement, après
celles réalisées en 1997 et 1999 par KPMG.»
Jamais trois sans quatre puisque KPMG vient de livrer sa quatrième
étude du genre, dont le compte rendu est paru dans un article
du Journal de Montréal du 19 février 2004
intitulé «Le Canada demeure le pays le moins coûteux
pour les entreprises». Encore une fois, le Canada a nettement
devancé les États-Unis et le Royaume-Uni qui sont
pourtant ceux qui nous sont cités en modèle à
suivre.
Une analyse parue dans le journal Les Affaires du 26 octobre
2002 sous le titre «Pensez au fisc avant d’entreprendre
une expansion américaine. Les types d’imposition sont
multiples aux États-Unis et les surprises pourraient l’être
tout autant».
Dans le texte rédigé par François Bédard,
associé du cabinet d’experts comptables Samson Bélair/Deloitte
& Touche, on mentionne que: «Contrairement à la
croyance populaire, les taux d’imposition des sociétés
sont, en général, plus élevés aux États-Unis
qu’au Québec. Aux États-Unis, plus de 6 500
juridictions imposent ou taxent les entreprises. En plus des gouvernements,
fédéral et des États, plusieurs villes américaines
ainsi que de très nombreux comtés ont un système
d’imposition applicable aux entreprises y faisant affaire».
Six mille cinq cents juridictions qui taxent aux États-Unis,
ça en fait de cette bureaucratie tant honnie par les «businessmen»,
surtout dans un pays qu’ils vantent tant pour son allègement
réglementaire et sa liberté économique.
Que dire de cette perle parue dans le journal Le Soleil
du 8 décembre 1995 et titrée «Faire payer les
riches. Le Fond monétaire international (FMI) estime que
les entreprises canadiennes pourraient payer plus d’impôts».
Cette recommandation émane d’un organisme international
d’extrême droite toujours favorable aux capitalistes.
Dans cet article, le FMI signale que: «L’impôt
des entreprises représente une plus petite part du produit
intérieur brut (PIB) au Canada qu’aux États-Unis.
Pour cet organisme, la meilleure source de nouveaux revenus pour
le gouvernement serait de réduire les avantages fiscaux accordés
aux entreprises et qui étaient de l’ordre de 2 milliards
$ en 1991. Le FMI ajoute que ces avantages sont relativement généreux
et leur efficacité à inciter les entreprises à
investir ne semble pas avoir été très grande».
Le FMI a suggéré de réduire les avantages
fiscaux aux compagnies et nos gouvernements d’ici ont plutôt
préféré réduire les impôts de
base des compagnies et augmenter leurs avantages fiscaux.
Pour compenser ce que les riches ne paient pas en impôts
et taxes, il faudra bien aller le chercher ailleurs comme en coupant
dans les services publics ou en les tarifant, en sous-traitant les
fonctionnaires afin de les payer moins cher ou encore en haussant
les taxes à la consommation. Tout ça accroîtra
encore plus les inégalités économiques et sociales,
augmentera la pauvreté et défavorisera la classe moyenne.
Au mois d’octobre 2000, deux enquêtes internes de l’Agence
des douanes et du revenu du Canada ont révélé
que de nombreuses sociétés payaient étonnamment
peu – voire pas du tout – d’impôt fédéral.
Voici quelques exemples édifiants de ces études recensées
dans un article du Journal de Montréal du 22 mai
2001 et intitulé «Trop d’entreprises ne paient
aucun impôt».
Dans cet article, on signale que «près des deux tiers
de toutes les entreprises canadiennes ayant déclaré
des revenus de moins de 15 millions de dollars n’ont pas versé
un sou d’impôt fédéral entre 1995 et 1998.
Cela équivaut à 716 000 entreprises pendant une année
donnée. Parmi les très grandes sociétés
déclarant des revenus annuels de plus de 250 millions de
$, au moins 41, soit 6,5%, n’ont payé aucun impôt
fédéral au cours de la même période.
Et parmi leurs filiales, jusqu’à 2664 ont échappé
au fisc, soit 40% de toutes les filiales».
Quant aux grandes banques, l’étude démontre
«qu’en 1998, leurs impôts ont reculé d’un
"stupéfiant" 2,3 milliards $. C’est une baisse
de 44%, à une période où le bénéfice
avant impôts n’a diminué que de 7%». Les
auteurs affirment que nos très chères banques s’adonnent
joyeusement au transfert de leurs profits dans les paradis fiscaux,
ce qu’ils appellent de la planification fiscale «agressive»
mais qui dans les faits constitue de la fraude et du vol pur et
simple.
Dire que des banquiers comme Jacques Ménard de la Bank of
Montreal font souvent des sorties publiques pour nous dire combien
il est urgent de réduire la taille de l’État,
en coupant, en sous-traitant, en privatisant, en défiscalisant,
en déréglementant, en désyndicalisant, etc.,
au nom de la précarité des finances publiques.
J’espère que vous savez maintenant pourquoi les finances
publiques sont continuellement en crise même si depuis 1990
nous avons connu la plus grande expansion économique depuis
la Deuxième Guerre mondiale et que, même à cela,
nous n’avons plus les moyens de doter le pays et la province
de vrais services publics. Où est toute cette richesse? Dans
les poches des entreprises et des riches, grâce au déluge
d’exemptions fiscales et d’abris fiscaux que leur ont
accordés leurs politiciens et leurs gouvermenents et grâce
à la fraude fiscale tolérée et même encouragée
par ces derniers. Voilè pour la pseudo-crise permanente des
finances publiques créée de toutes pièces par
les nantis, les entreprises et leurs politiciens pour mieux nous
mentir, nous arnaquer et nous appauvrir afin de mieux s’enrichir
à nos dépens.
|