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Un Québec au travail!
Stratégie pour une société plus prospère

par Francy Sillek, Corne de Brume

Dans son édition du samedi 21 février dernier, le journal La Presse nous rapporte les réflexions d’un premier comité stratégique, formé à l’initiative du journal, par lequel on vise à encourager les débats de fond sur l’évolution de la société québécoise.

Dans le cadre d’un projet intitulé Des idées pour le Québec, le quotidien a réuni cinq experts afin d’amorcer un débat sur le développement économique du Québec. Les membres du comité sélectionné par La Presse sont: Jean-Yves Duclos, professeur titulaire de sciences économiques à l’Université Laval; Joseph Facal, professeur aux HEC à Montréal et ex-ministre péquiste au Gouvernementnt du Québec; Clément Godbout, président de l’Institut de chrysolithe (?) et ex-président de la FTQ; Robert Lacroix, économiste et recteur de l’Université de Montréal; et Raymond Royer, président et chef de la direction de Domtar (tiens tiens, intéressant!).

Le fruit des réflexions des membres de ce comité stratégique se retrouve dans un document intitulé Un Québec au travail! (dont le rapport détaillé est disponible ici).

Même si nous ne pouvons que saluer ce type d’initiative (ce n’est pas l’équipe de Corne de Brume qui va condamner les débats d’idées) dont le but est de favoriser la réflexion, nous trouvons particulièrement intéressant de constater que les orientations des membres du comité reflètent en grande partie le courant actuel tous azimuts de la pensée néolibérale (ou adéquiste).

D’entrée de jeu, le comité souligne que le Québec a fait un bond économique remarquable depuis la Révolution tranquille alors que celui-ci se classait au 10e rang parmi les pays de l’OCDE sur le plan du niveau de vie (devançant même la France, le Royaume-Uni et la Suède). Cependant, l’économie québécoise n’a toujours pas comblé le retard important qui la sépare de celles de ses principaux concurrents, en particulier l’Ontario et les États-Unis. Si rien n’est fait, ce retard pourrait cependant s’accentuer selon eux en raison notamment des tendances démographiques qui sont particulièrement défavorables au Québec.

Les experts se disent néanmoins conscients que plusieurs des mesures proposées sont controversées et que l’on aurait besoin de les étudier davantage. Pour eux, les Québécois auront des choix collectifs à faire et ils souhaitent pouvoir amorcer une réflexion audacieuse sur des avenues de solutions.

Les principaux constats

Les principaux constats sur l’économie québécoise soulevés par les experts sont les suivants:

  • Le Québec demeure une société plus pauvre, qui attire moins d’investissements, d’immigrants et crée moins d’emplois que ses concurrents;
  • L’État québécois est lourdement endetté, ce qui diminue sa capacité de fournir des services et des infrastructures de qualité;
  • Le risque est grand que ce retard s’accentue et que le Québec s’appauvrisse par rapport aux sociétés voisines (Ontario et États-Unis).

Même si les experts applaudissent la générosité et l’originalité des différents programmes québécois, ils précisent cependant qu’une société qui s’endette et taxe trop afin de financer ses programmes sociaux impose un frein à son développement économique. Le statut quo actuel menace donc nos acquis.

Par ailleurs, la population québécoise vieillit plus rapidement que celle de ses voisins (toujours les mêmes), ce qui aura pour effet de diminuer la disponibilité de sa main-d’oeuvre au cours des prochaines décennies. Cette problématique démographique sera pour eux aggravée par deux facteurs: d’abord, le groupe des 55-64 ans est proportionnément moins nombreux à travailler que les Ontariens et les Américains du même âge, ce qui représente une perte considérable de main-d’oeuvre expérimentée et de compétences dont on ne se préoccupe pas suffisamment. Ensuite, les Québécois ont choisi collectivement de travailler moins d’heures que les autres Canadiens et que les Américains. Pour les experts, même s’il s’agit d’un choix de société légitime, cette tendance amène des coûts dont nous devons prendre conscience.

Les membres du comité sont convaincus que le Québec n’obtient pas des résultats à la hauteur de son potentiel et que cela engendre des effets négatifs: frein de la qualité de vie des citoyens en raison du revenu personnel disponible plus bas; difficulté à maintenir les services aux citoyens en raison d’une capacité financière diminuée de l’État (il est intéressant de noter que les experts précisent que même des transferts fédéraux accrus vers les provinces, tout nécessaires qu’ils soient, n’apportent pas de solution durable à ce problème structurel (parlez-en à Bernard Landry); sous-performance économique du Québec qui diminue son attrait pour l’arrivée d’une nouvelle main-d’oeuvre qualifiée et qui favorise également l’exode des compétences.

La stratégie proposée

En réponse à cette situation, les membres du comité proposent une stratégie composée de 18 pistes de solution qui se résume par l’équation suivante: pour être plus prospère, le Québec doit produire davantage. Travailler plus, travailler plus efficacement, travailler plus longtemps, voilà la solution (maudit, pourquoi n’y avons-nous pas pensé avant!)

Nous ne commenterons pas ici chacune des pistes de solutions mentionnées, cependant, nous souhaitons attirer votre attention sur certaines de celles-ci.

  • L’évolution des conditions de travail au Québec doit faire l’objet d’une réflexion prudente, mais approfondie. Les Québécois doivent être informés des avantages et des désavantages de la baisse relativement rapide du nombre d’heures travaillées par rapport à ses voisins (j’ai hâte d’entendre la main-d’oeuvre québécoise sur cette question);

  • Gouvernements et entreprises doivent prendre des mesures rigoureuses pour que l’industrie québécoise soit à la fine pointe en matière technologique, de gestion, de marketing et de formation. Les experts soulignent cependant que ce retard vient surtout des entreprises québécoises en matière d’équipements, de technologie et d’organisations du travail (le problème ne serait-il pas que nos entrepreneurs québécois – notre cher Québec inc. – sont plus intéressés à la recherche de profit rapide que d’une amélioration réelle de leur compétitivité ou de la formation de leur main-d’oeuvre?);

  • Les frais de scolarités universitaires québécois doivent être dégelés graduellement au niveau de la moyenne canadienne. Rien n’indique selon eux qu’une hausse aurait des effets néfastes sur l’accessibilité aux études universitaires. Par ailleurs, afin de s’assurer de contrer d’éventuels effets négatifs, les membres du comité stratégique demandent au gouvernement du Québec d’étudier la possibilité d’implanter un nouveau système d’aide financière aux étudiants, tel que récemment annoncé par le gouvernement de Grande-Bretagne (oui oui, par ce cher dynamique Tony Blair). Ce nouveau système fait en sorte qu’aucun étudiant n’est tenu de payer des droits de scolarité pendant ses études. Le rythme de remboursement, une fois sur le marché du travail, doit tenir compte de ses revenus d’emploi (avouons que l’idée n’est pas bête du tout – un système semblable existe en Australie, il me semble, depuis la fin des années 80 –, mais l’impact réel sur l’accessibilité aux études universitaires demeure encore à démontrer);

  • Le gouvernement du Québec devrait mettre en place une politique audacieuse visant à attirer chez nous des investissements de pointe, une main-d’oeuvre qualifiée afin d’assurer aux jeunes Québécois une formation de calibre mondial (attention, on commence à lâcher les gros mots). À ce sujet, le comité souligne qu’une récente enquête menée par la ville de Montréal auprès d’une centaine de travailleurs du savoir (on vas-tu finir un jour par m’expliquer c’est quoi un travailleur du savoir: un journaliste, une travailleuse du sexe,???) – on mentionne ici des Montréalais expatriés ou d’adoption (sic) – a clairement identifié les facteurs qui réduisent la force d’attraction du Québec: fiscalité lourde (nos amis de l’Institut économique de Montréal seront heureux de lire ça puisqu’ils ont publié récemment une étude qui allait dans le même sens: Les bienfaits économiques d’une réduction de l’impôt sur le revenu – voir www.iedm.org), débats politiques interminables (vont-ils finir par arrêter de nous écoeurer avec le supposé impact négatif de nos discussions sur notre avenir politique?), masse critique insuffisante...;

  • Le gouvernement du Québec doit chercher l’accord des partenaires sociaux à un ambitieux plan de réforme de l’État québécois (on en connaît un qui sera assurément très heureux de lire ça!);

  • Hydro-Québec devrait être autorisée à augmenter graduellement ses tarifs pour qu’ils reflètent, à terme, le prix du marché (on en connaît un autre qui sera aussi très content d’entendre ça!). Pour les experts du comité, une hausse des tarifs aurait pour effet de diminuer la consommation d’électricité des Québécois de 10,3 TWh, soit 60% de plus que la production annuelle prévue de la nouvelle centrale du Suroît, nous affirme-t-on. Par ailleurs, le comité stratégique propose que la part du dividende du gouvernement attribuable à la hausse des tarifs (les profits) soit en bonne partie versée dans un fonds d’investissement consacré à des immobilisations prioritaires pour le développement économique, comme l’Heritage Fund en Alberta dont la valeur frôle présentement les 12 milliards de dollars (c’est quand même comique de proposer cette avenue de solution à un gouvernement néolibéral qui, depuis le début, promet de diminuer l’interventionnisme de l’État dans l’économie);

  • Enfin, le comité stratégique suggère que le gouvernement du Québec puisse tenir un Sommet extraordinaire pour la réussite du Québec. Cette impulsion, nous précisent nos 5 experts, ne peut venir que des décideurs (élus, dirigeants d’entreprise et leaders syndicaux) afin de convaincre la population de la route à suivre (tiens tiens, on a beau vouloir s’en écarter, il n’est reste pas moins que le bon vieux Modèle québécois, que nos amis experts avaient pourtant remis en question tout au long de leur réflexion, revient rapidement au galop).

Le comité stratégique invite en conclusion les Québécois qui se sentent interpellés par la stratégie Un Québec au travail! à intervenir sur la place publique. Alors si vous vous sentez interpellé, faites parvenir vos commentaires à l’adresse suivante:

forum@lapresse.ca

 

7 mars 2004 • Page 2b/10